Référendum en France: Berlin craint un séisme pour l’Europe

L’Allemagne, plongée elle-même dans l’incertitude née de l’annonce d’élections anticipées en septembre, s’alarme d’un +non+ à la Constitution européenne en France, qui affaiblirait un allié irremplaçable et un projet européen à ses yeux sans alternative.

Du chancelier Gerhard Schröder à l’ancien chancelier Helmut Schmidt, les appels ont été de plus en plus insistants ces dernières semaines, le social-démcorate Schröder et plusieurs ministres faisant le déplacement en France.

« Du fond du coeur, je vous demande de voter « oui » (…). La France, « berceau de l’idée européenne, doit rester fidèle à ses promesses », a imploré le chancelier. L’écologiste Joschka Fischer, ministre des Affaires étrangères, a « demandé humblement » aux Français d’approuver un « projet fantastique » permettant de faire face à un monde globalisé. MM. Chirac et Schröder, liés d’amitié, n’ont pas caché qu’une victoire du « non » aurait des implications sur les relations franco-allemandes.

En dépit de froids passagers, la France et l’Allemagne forment depuis de Gaulle et Adenauer un tandem moteur de l’Union européenne, aussi jalousé qu’admiré. « Si le couple franco-allemand se brise, la Grande Bretagne va recevoir l’Europe sur un plateau », prédit Der Spiegel Online: autrement dit, une conception libérale de l’Europe aurait le dessus sur une Europe défendant son modèle social et culturel.

« Sur la même longueur d’ondes », la France de Chirac et l’Allemagne de Schröder « sont devenues une coopérative de défense des intérêts réciproques », observe Anne-Marie Le Gloannec, chercheuse en sciences politiques. « La rebellion populaire en France contre le traité, remarque-t-elle, a quelque chose d’inquiétant comme si elle pouvait déteindre sur l’Allemagne, tant il y a d’analogies dans les situations française et allemande ». « Si la France est affaiblie, non seulement Schröder ne pourra plus jouer avec son ami à courtiser la Russie et la Chine, mais cet affaiblissement rejaillira sur toute l’Europe: Chinois, Indiens, Américains nous riront à la figure », estime la chercheuse française.

Selon elle les Allemands, « moins nombrilistes », sont plus conscients des défis asiatiques que doit relever l’Europe. Pour Martin Koopmann, chercheur à la DGAP (Société allemande de politique étrangère), un « non » des Français « renverserait la logique ayant existé depuis 57 ans », qui faisait du couple franco-allemand « un moteur », une « avant-garde » dans la construction européenne.

Après un « non », la relance par exemple de « la proposition d’une union franco-allemande est imaginable côté français. Mais il conviendra pour l’Allemagne, prévient le chercheur, d’être très prudent sur une coopération renforcée tout de suite après le rejet français: cela reviendrait à se mettre aux côtés d’un pays qui ne soutient plus la logique de l’intégration européenne ».

Les grands partis allemands, tous favorables à la Constitution, devront « donner un signal à Paris: notre politique européenne reste concentrée sur l’intégration européenne, sur les idées de la Constitution. Si vous voulez avoir notre soutien pour une politique européenne française, il faut se mettre d’accord sur cette base-là. L’Allemage doit faire attention à ne pas abandonner ses convictions ». M. Koopmann invite les responsables allemands, « après une pause de réflexion », à « donner à ceux qui auront soutenu le traité l’occasion de sortir de l’isolement », d’un François Hollande à gauche à un Nicolas Sarkozy à droite.

Alors que la coalition « verte-rouge » risque de perdre les élections anticipées en Allemagne, « un gouvernement de centre-droit renforcerait encore la pression sur la France pour qu’elle clarifie sa vision de l’intégration européenne », estime-t-il. Il remarque ainsi que la candidate chrétienne-démocrate Angela Merkel « a toujours critiqué Chirac et Schröder pour des politiques européennes qu’elle jugeait nationalistes, par exemple sur le Pacte de stabilité ».

[source – yahoo.com] (AFP)