L’euro bousculé par les propos défaitistes de Nicolas Sarkozy

L’euro a fléchi face au dollar jeudi matin sur le marché des changes, les investisseurs réagissant aux propos prêtés au président du parti majoritaire français UMP Nicolas Sarkozy, selon lequel le référendum sur la Constitution européenne serait déjà perdu en France.

L’euro, qui était parvenu à se hisser jusqu’à 1,2619 dollar dans la journée de mercredi, a chuté jeudi matin jusqu’à 1,2535 USD, avant de se redresser à 1,2560 USD vers 09H00 GMT.

« L’euro se retrouve sous pression à cause des attentes grandissantes sur le marché de voir le « non » l’emporter en France », a réagi Iain Stannard, économiste à la banque BNP-Paribas, et les commentaires de M. Sarkozy contribuent certainement à renforcer ces attentes ».

Nicolas Sarkozy a fait part mardi de son pessimisme sur l’issue du référendum de dimanche sur la Constitution européenne, en estimant que le non allait l’emporter, a affirmé mercredi à l’AFP un responsable du parti. « Ca fait pas mal de temps que je vous dis que c’est râpé », aurait dit l’ancien ministre des Finances au Premier ministre Jean-Pierre Raffarin.

Les propos de M. Sarkozy avaient d’autant plus d’impact à Londres, premier marché des changes du monde, qu’ils étaient repris en page 2 du Times. Selon le quotidien britannique, Nicolas Sarkozy aurait ajouté: « Ce sera un petit « non » ou un grand +non+ ».

Selon les économistes londoniens de la banque ABN Amro », qui ont titré jeudi leur note d’analyse quotidienne par « Le grand « Non » ? » (en français dans le texte), « à l’origine de ce recul de l’euro, il y a l’article du Times qui suggère que Sarkozy, poids lourd de la politique française, pense que la France va rejeter la Constitution ».

« Faute de données économiques importantes en zone euro ce matin, c’est cette histoire qui occupera le devant de la scène et qui entretiendra les hésitations sur l’euro », a souligné Audrey Childe-Freeman, économiste à la banque canadienne impériale de commerce (CIBC). « Il est toutefois très important de remarquer que le seuil de 1,25 USD n’est pas percé », a-t-elle ajouté.

Malgré le recul brutal de la devise européenne, le plancher de 1,2535 USD, atteint par l’euro le 23 mai, lui procure un soutien. C’est le plus bas niveau de la monnaie européenne depuis le 20 octobre 2004.

Cette résistance s’explique par le positionnement des investisseurs, qui n’ont pas été pris au dépourvu par la progression du « non ». Malgré la fébrilité manifeste du marché des changes, un nombre grandissant d’économistes estime en effet que l’hypothèse d’un rejet de la constitution commence à être intégré par les investisseurs et pris en compte dans le cours de l’euro.

Cette anticipation, sur la foi de sondages qui donnent obstinément le « non » vainqueur, pourrait avoir pour conséquence d’absorber le choc si il l’emportait effectivement. « On ne devrait pas voir beaucoup de cambistes garder des euros dans leur portefeuille ce week-end », remarquait Derek Halpenny, économiste à la banque Tokyo-Mitsubishi.

Les investisseurs, peu désireux de s’exposer au risque de voir leurs actifs se déprécier, ont commencé à liquider leurs positions en euros, ce qui laisse en théorie peu de marge pour un nouveau recul spectaculaire de la devise européenne.

Selon David Woo, économiste à la banque Barclays Capital, il resterait toutefois sur le marché des « poches de résistance qui croient à une victoire du « oui » à l’arrachée », malgré la domination du « non » dans les sondages.

[source – yahoo.com] (AFP)