LA FRANCE n’est plus un paradis pour les petits fraudeurs.
Long temps traités avec mansuétude, les as de la débrouille qui voyagent sans ticket, perçoivent des allocations indues et omettent de payer leur redevance télévisuelle sont désormais traqués sans relâche.
Il y a quatre ans, la SNCF, qui estimait à 200 millions d’euros le coût annuel de la fraude sur son réseau, a ouvert le feu en créant un système répressif inédit.
Ainsi armée, la SNCF a progressivement constitué un fichier d’environ 27 000 «grands fraudeurs» qui ont été invités à régulariser leur situation, sous peine d’être dénoncés au procureur à la première récidive.
Conséquence : 739 resquilleurs ont été condamnés en 2004 et 604 en 2005, généralement à des peines de prison avec sursis.
«Ce durcissement a considérablement «remotivé» les contrôleurs qui, confrontés au sentiment d’impunité des resquilleurs, finissaient par se décourager», se réjouit Christophe Martin.
Redoublant de vigilance face aux passagers qui se cachent à plusieurs dans les toilettes ou à ceux qui, dans les trains de nuit, voyagent glissés sous la couchette inférieure, les agents de la SNCF auraient, selon les chiffres officiels, réduit de 25% en quatre ans le préjudice subi.
De son côté, la RATP aurait économisé de 80 à 70 millions d’euros sur la même période.
Cet objectif atteint, la Régie entend maintenant s’attaquer aux voyageurs qui resquillent dans le bus — 12,5% des trajets y sont effectués sans titre de transport — en multipliant les contrôles menés à bord mais surtout en dénonçant une pratique «politiquement incorrecte».
On veut ainsi placer le resquilleur dans une position inconfortable, puisqu’il est obligé de tricher sous le regard des autres passagers.
La Caisse nationale d’assurance-maladie (Cnam) vient, elle, d’instituer une direction du contrôle contentieux et de la répression des fraudes.
«Notre objectif est d’amener chaque assuré à mesurer le risque qu’il prend en produisant un faux certificat médical ou en utilisant une carte vitale qui ne lui appartient pas», prévient Pierre Fender, responsable de cette structure.
Fini l’époque où la Cnam en était réduite à constater, impuissante, que 6% en moyenne des arrêts de travail ne sont pas médicalement justifiés.
Dans les administrations, l’informatique a considérablement facilité ce tour de vis.
Dès le milieu des années 90, les Caisses d’allocation familiale (CAF) ont pris l’habitude de croiser leurs fichiers avec ceux du fisc ou des Assedic afin de vérifier les déclarations de leurs bénéficiaires.
«Nous parvenons visiblement à les dissuader de tricher, puisque 1 650 cas avérés de fraude seulement ont été détectés l’an dernier», explique-t-on à la CAF.
Il y a peu, la figure du resquilleur inspirait une certaine indulgence dans l’opinion.
Ils constatent aussi que les condamnations prononcées pour ce type de délits frappent pour l’essentiel un public vulnérable, composé de chômeurs et de personnes sans domicile.
Fanch
