Peu de théories historiques provoquent autant de polémiques que l’idée de Gavin Menzies selon laquelle un amiral chinois aurait découvert l’Amérique 71 ans avant Christophe Colomb.
Bien que de nombreux historiens – y compris des Chinois – réfutent la théorie de cet ancien officier de marine britannique, Singapour pourrait lui donner un nouveau lustre et une certaine respectabilité avec une exposition qui s’ouvre en juin pour une durée de trois mois.
Menzies, auteur du bestseller « 1421, l’année où la Chine découvrit l’Amérique », affirme que l’amiral Zheng He avait dirigé une flote de 300 navires, soit dans les 30.000 hommes, jusqu’au continent américain au XVe siècle, dans le but d’étendre au-delà des mers l’influence de la dynastie des Ming.
Zhen, estime Menzies, avait dessiné des cartes utilisées par la suite par Colomb pour atteindre l’Amérique en 1492. Magellan aurait navigué lui aussi au XVIe siècle à l’aide de cartes mises au point par les Chinois.
« Aucun des grands explorateurs n’a rien découvert de nouveau. Ils disposaient tous de cartes élaborées par les Chinois », assure Menzies, ancien commandant sous-marinier britannique de 67 ans, qui a passé une quinzaine d’années à effectuer des recherches pour son livre.
Le Bureau du tourisme de Singapour, organisme financé par le gouvernement singapourien, est l’un des piliers de l’exposition qui se tiendra du 10 juin au 11 septembre, en plein air, sur la promenade Marina, et qui, de l’avis des organisateurs, présentera de « nouvelles informations et preuves » à l’appui des théories faisant de Zheng He le tout premier découvreur des Amériques.
L' »exposition 1421″, en partie organisée par Menzies lui-même, présentera d’autre part des éléments sur l’existence passée d’une base navale que Zhen aurait fait construire au Canada, sur un site géographique appelé « Nova Cataia » ou « Nouvelle Cathay », d’après l’ancien nom de la Chine, déclare un des organisateurs, Pico Art International.
JONQUE DE 130 MÈTRES
Singapour va commémorer en outre cette année le 600e anniversaire du périple de Zheng en Asie du Sud-Est, durant lequel il avait atteint Malacca, sur la côte ouest de ce qui est aujourd’hui la Malaisie, en tant qu’émissaire de l’empereur de Chine.
Mais le fait que Zheng – eunuque musulman qui avait sillonné l’océan Indien jusqu’en Afrique australe – ait devancé Colomb dans la découverte de l’Amérique, et ce de 71 ans, est âprement contesté.
« Cela ne vaut rien », estime Geoff Wade, de l’Institut de recherche sur l’Asie à l’Université nationale de Singapour. « Aucune preuve ne vient étayer cela ».
Les archives historiques montrent que de 1405 à 1433, Zheng, sous les ordres de l’empereur Zhu Di, de la dynastie des Ming, avait dirigé la flotte impériale lors de sept périples. Selon les archives, Zheng était revenu d’un de ses voyages en rapportant d’Afrique un cadeau particulier à son empereur: une girafe.
Selon Menzies, « il ne fait absolument aucun doute que la flotte de Zheng He avait atteint à la fois les côtes Atlantique et Pacifique de l’Amérique du Nord et du Sud ».
Certains universitaires, y compris des chinois, rejettent cette idée, n’y voyant là que littérature. « Je serais enchanté que sa théorie soit avérée, mais son travail n’a rien à voir avec la rigueur universitaire », dit à Reuters un historien chinois attaché à une université singapourienne. « Ses recherches ne présentent aucune méthodologie et rien ne vient soutenir ses arguments. Il fait des conjectures et soudain, elles deviennent des faits ».
Selon les archives des historiens chinois, la plus grande jonque de la flotte impériale de Zheng He mesurait 130 mètres de long pour 60 mètres de large. Elle était hérissée de neuf mâts et comptait un équipage d’un demi-millier d’hommes. Cela en faisait un navire près de quatre fois plus grand que la plus puissante des caravelles de Colomb, la Santa Maria.
[source – yahoo.com] (Reuters)
