Le comité pour la mémoire de l’esclavage a proposé mardi de faire du 10 mai une « Journée des mémoires de la traite négrière, de l’esclavage et de leurs abolitions », mais la première célébration pourrait n’intervenir qu’en 2006.

La proposition du comité devrait mettre fin à un débat, jugé stérile par certains, qui opposait les tenants du 27 avril, date de l’abolition de l’esclavage en 1848 à l’initiative de Victor Schoelcher, aux partisans du « 23 mai », jour d’une manifestation de fils d’esclaves en 1998.
La proposition du 10 mai « ne jette l’anathème sur personne et n’exclut personne » et les diverses collectivités « restent libres de célébrer à leur manière et comme elles le veulent » la mémoire de « ce crime sur lequel un lourd silence a pesé », a souligné l’écrivain guadeloupéen Maryse Condé, présidente du comité, lors d’une conférence de presse au ministère de l’Outre-mer.
La loi de 2001 avait déjà confirmé par décret les dates de commémorations locales : 27 mai en Guadeloupe, 10 juin en Guyane, 22 mai en Martinique, 20 décembre à La Réunion et 27 avril à Mayotte. Restait à fixer une date pour l’hexagone.
Le comité a proposé que la première commémoration intervienne dès 2005, comme l’avait laissé entendre le ministre de l’Outre-mer Brigitte Girardin, mais, selon Mme Condé, Jean-Pierre Raffarin ne prendra sa décision qu’en juin, après un comité interministériel.
Dans un communiqué, le Premier ministre a salué la « qualité du travail accompli » par le Comité mais n’a fait aucune allusion à sa proposition-phare.
La journée de commémoration sera abordée, avec « un ensemble d’autres questions », lors du comité interministériel, a-t-on toutefois assuré à Matignon, sans préciser à quelle date ce comité aurait lieu.
« Nous avons gagné une grande partie du combat mené depuis plusieurs années », a estimé Léon Bertrand (UMP), ministre du tourisme, élu de Guyane, interrogé par l’AFP. Selon lui, la date elle-même n’a « pas d’importance ». « Ce qui compte, c’est que tout le monde se mette d’accord sur un jour, pour qu’on se retrouve dans un esprit de communion, afin d’exorciser la souffrance qui existe », a-t-il dit.
Christiane Taubira (app PS), députée de Guyane, a également estimé que « l’essentiel, c’est le contenu », jugeant les querelles sur la date « absurdes ». Le représentant d’une association, qui était pour sa part favorable au 23 mai, s’est rallié au 10 mai, selon lui, un « choix fédérateur ».
Le rapport a également formulé un ensemble de propositions concernant l’enseignement et la recherche.
« Il faut, a souligné l’historienne Françoise Vergès, « faire oeuvre de réparation historique ». « L’esclavage, ce n’est pas de l’Histoire ultramarine mais l’Histoire de France » et les +marrons+ (esclaves en fuite) sont des grandes figures qui se sont battues pour la liberté et qui sont aussi importants que les révolutionnaires français ».
Le rapport propose également « d’améliorer la connaissance de l’histoire de la traite négrière et de l’esclavage dans les écoles », notamment dans les manuels scolaires. Des sujets liés à la traite pourraient être mis aux programmes des Capes et agrégation d’Histoire et Géographie, de Lettres modernes et de Philosophie.
Enfin, le rapport souhaite « favoriser la recherche » et « préserver la mémoire ». Il préconise en particulier de créer un « Centre national d’histoire et de mémoire de la traite négrière, de l’esclavage et de leurs abolitions ».
[source – yahoo.com] (AFP)
