Labonal, les chaussettes qui résistent à la déferlante chinoise

A l’heure ou l’Europe réfléchit à des clauses de sauvegarde pour se protéger des importations chinoises, voici l’histoire édifiante d’une renaissance, celle des chaussettes Labonal.

L’aventure commence en 1924 à Dambach la Ville dans le Bas Rhin.

Salomon Lipowsky, un fabricant russe de chaussettes fraîchement chassé par la révolution bolchevique, pose là ses valises et ses machines et crée la marque Labonal, contraction de La Bonneterie alsacienne.

Ses chaussettes ne tombent pas, elles sont bien taillées, ne font pas mal et s’usent lentement. Leur succès est tel qu’à l’orée des années 70, l’usine comptera jusqu’à 1.000 salariés.

Les premiers ennuis commencent avec l’avènement de la grande distribution et son implacable pression sur les prix.

Elle pousse Labonal dans les bras de Kindy, l’autre grand de la chaussette en France, qui jette l’éponge à la fin des années 90, avant de délocaliser massivement sa production dans le Maghreb, en Turquie et maintenant en Chine.

Rachetée par un de ses cadres, Dominique Malfait, un quadragénaire optimiste et déterminé, la société Labonal ne suit pas le mouvement. Il modernise l’usine de Dambach, ramène les effectifs à une centaine de salariés (dont un dixième est attaché à la recherche développement, c’est beaucoup dans la chaussette) et s’attache à trouver les niches gagnantes sur un marché désormais mondialisé.

Et c’est ainsi qu’au produit phare traditionnel, la chaussette mi-longue de qualité pour col blanc assagi, va s’ajouter toute une série de produits innovants. Les chaussettes massantes, les chaussettes non comprimantes, les chaussettes sportives, en plein renouveau avec le boom des sports de plein air, notamment la randonnée. Et puis les chaussettes fraîcheur, hydratantes, et même parfumées.

Vous savez, on colle à la fibre des microcapsules chargées de crème ou de parfum qui tiennent dix lavages. Au-delà, fin du miracle, mais il vous reste une bonne chaussette normale. Et le consommateur accepte de payer ses Labonal jusqu’à 10 euros la paire, dix fois plus cher que les premiers prix.

Aujourd’hui Labonal vend 5 millions de paires par an. C’est peu comparé aux 360 millions de paires de chaussettes qui s’écoulent chaque année en France.

L’affaire est rentable. Ses bénéfices semblent s’être durablement installés autour de 5% du chiffre d’affaires. Et le groupe vient de se doter d’un nouveau site de fabrication en Tunisie.

Mais Labonal nous promet que les salariés de Dambach n’ont pas de soucis à se faire.

[source – yahoo.com] (Europe1)Luc Evrard