Les syndicats dénoncent l' »offensive » menée contre les 35 heures

Les syndicats protestent contre « l’offensive » menée sur les 35 heures par la droite et jugent que tout nouvel assouplissement du dispositif serait « suicidaire » en période de forte hausse du chômage.

Le secrétaire général de la CFDT, François Chérèque, a dénoncé vendredi une « provocation » du ministre du Budget, estimant qu’il « essaye de trouver un dérivatif aux difficultés qui sont les siennes aujourd’hui ».

Alain Lambert avait affirmé jeudi que la France « serait probablement en dessous des 3% du PIB de déficits publics » sans les 35 heures, affirmant qu’elles représentaient pour l’Etat un coût « de l’ordre de « 15 milliards d’euros par an » notamment au travers des aides accordées aux entreprises.

Quelques jours auparavant, un groupe de députés UMP avait réclamé un « sursaut réformateur » au gouvernement, accusant les 35 heures d’avoir fait s' »évaporer une large partie de la croissance française ».

Les exonérations consenties aux entreprises passant aux 35 heures « coûtaient au budget de l’Etat mais créaient des emplois. Aujourd’hui, on a un gouvernement qui fait une politique de baisses des charges sans contrepartie de créations d’emploi », a rétorqué le leader de la CFDT.

Dans son budget 2004, le gouvernement a en effet choisi de renforcer la politique d’allègements de charges consentis aux entreprises privées.

Ainsi, plus de la moitié (53%) du budget du Travail 2004 est constitué par des allègements de charges (RTT, bas salaires et exonérations liées à l’harmonisation des Smic), pour un total de 17,1 mds EUR.

« On ne s’intéresse pas réellement aux besoins des salariés, on est en train de gérer ça de façon financière parce qu’on a besoin de rentrer dans le Pacte de stabilité », a jugé Marie-France Boutroue (CGT), rappelant que les 35 heures « ont créé des emplois mais aussi une dynamique concernant la consommation des ménages ».

« Avec 10% de chômeurs, il est suicidaire de remettre en cause » les 35 heures, a de son côté averti la CFTC, fustigeant un débat « démagogique » à l’encontre d’un dispositif ayant eu un « effet bénéfique réel et incontestable sur l’emploi ».

Selon les « Données sociales 2002-2003 » de l’Insee publiées en novembre 2002, la mise en oeuvre progressive des 35 heures, a eu « un effet direct net sur l’emploi d’environ 300.000 emplois en quatre ans, de 1997 à 2001, soit 18% de l’ensemble des emplois créés sur cette période ».

Les « importantes » réorganisations au sein des entreprises « auraient permis des gains de productivité horaires de 4 à 5% à l’automne 2000 pour les entreprises ayant bénéficiées » des aides publiques, mais « le bilan semble mitigé quant aux retombées sur l’évolution des conditions de travail », souligne l’Insee.

En outre, « nous n’avons eu aucune demande de branche patronale » sur la renégociation des 35 heures, a remarqué M. Chérèque, concluant que « s’il n’y a pas de demande, c’est qu’il n’y a pas de besoins ».

A gauche, le Parti socialiste a demandé la création d’une commission d’enquête parlementaire pour « sortir des contre-vérités que véhicule la droite ».

De fait, à quelques mois de nouvelles échéances électorales, les responsables du gouvernement ne manquent aucune occasion de clouer les 35 heures au pilori mais Jean-Pierre Raffarin, comme le ministre des Affaires sociales, François Fillon, demeurent prudent quant à tout nouvel assouplissement.

Interrogé sur une éventuelle réforme, le ministre de l’Economie, Francis Mer, a affirmé vendredi : « on n’étudie rien, on pense ».

[source – yahoo.com] (AFP)