Syndicats et patronat sont sortis déçus, vendredi 11 avril, du ministère des affaires sociales, où leur ont été présentées des premières propositions concrètes sur la réforme. Ils demandent au gouvernement de revoir sa copie et envisagent de nouvelles manifestations en mai.
Les partenaires sociaux n’ont pas eu de mots assez durs, vendredi 11 avril, pour critiquer les premières pistes concrètes de réforme des retraites qui leur ont été présentées au ministère des affaires sociales et qui comportent, comme prévu, une harmonisation progressive du public et du privé.
« C’est une non réforme. » « Le gouvernement manque totalement d’ambition. » « Le compte n’y est pas. »A l’issue de plus de quatre heures de réunion, la déception et l’inquiétude dominaient. Le patronat n’a pas obtenu satisfaction sur sa revendication d’un nouvel allongement de la durée de cotisation dans le privé. Quant aux syndicats, ils ont dénoncé l’absence de mesures de financement supplémentaires et de contreparties « fortes » à la réforme, brandissant, avec une unanimité retrouvée, la menace de nouvelles mobilisations en mai.
La réunion du groupe confédéral sur les retraites, qui rassemblent, outre les partenaires sociaux, les services des ministères des affaires sociales et de la fonction publique, avait débuté sous de sombres auspices. La veille, les syndicats s’étaient montrés dubitatifs. « Le plus dur reste à faire, nous serons très exigeants sur les mesures concrètes », déclarait Jean-Marie Toulisse (CFDT), précisant qu’il n’attendait « pas grand-chose » du rendez-vous du 11 avril. « Nous nous engageons dans une phase délicate. Il va nous falloir affronter la réalité, et elle est difficile. Tout le monde sera concerné par la réforme, et pas seulement les fonctionnaires et les salariés du privé », commentait, vendredi matin, un collaborateur de François Fillon, en insistant sur l’importance du « rendez-vous » suivant, à savoir les rencontres bilatérales des 18 et 22 avril, entre les ministres et les partenaires sociaux.
Si le projet de loi n’est pas encore ficelé, ses grandes lignes sont désormais connues. Jean-Paul Faugère, directeur de cabinet du ministre des affaires sociales, en a précisé les cinq titres : les principes généraux de la réforme, le régime général, la fonction publique, les non salariés et des dispositions diverses. Selon des témoignages concordants, M. Faugère a rappelé la nécessité de la réforme, tout en se refusant à envisager la moindre augmentation de prélèvement et, même, un élargissement de l’assiette des cotisations pour faire face à un besoin de financement supplémentaire estimé à 15 milliards d’euros à l’horizon 2020.
Afin de contrer les arguments des partisans d’un retour aux 37,5 années de cotisation pour tous, le directeur de cabinet de M. Fillon a fait remarquer que si l’on mettait fin, aujourd’hui, à la réforme Balladur de 1993, le système par répartition se trouverait dans une impasse financière. Dans une telle hypothèse, il faudrait trouver, selon les calculs du gouvernement, 2,6 milliards d’euros par an à partir de 2020 et 5,5 milliards d’euros en 2040 pour garantir les retraites.
« Les pouvoirs publics semblent s’enfermer dans un chiffrage qui, sur certains points confine à l’apocalypse. Ils veulent déstabiliser le système et imposer des mesures d’austérité », pointe Jean-Christophe Le Duigou (CGT). Dans leur ensemble, les syndicats regrettent que le gouvernement « s’enferme » dans une conjoncture mauvaise. « Il se laisse ligoter, sous prétexte que les années 2003 et 2004 s’annoncent difficiles, a relevé M. Toulisse. Mais il a lui-même créé une partie de ses problèmes, en s’arc-boutant, de manière très idéologique, sur la baisse des impôts et des charges. »
Pour faire passer l’allongement de la durée de cotisation, qui devrait aussi concerner les exploitants agricoles, ainsi que les révisions à la baisse d’un certain nombre d’avantages, le gouvernement a peu de contreparties à proposer. Le départ, avant 60 ans, des salariés qui ont commencé à travailler tôt ? Il coûterait 11 milliards d’euros, selon ses calculs, vivement contestés par les syndicats. Les possibilités de rachat des périodes d’études ? Oui, mais « dans des limites et des conditions d’âge à préciser ». La retraite personnalisée ? Une piste intéressante, à condition qu’elle ne soit pas trop « budgétivore ». L’amélioration des petites pensions ? Oui, mais sans aucune précision sur son montant, alors que la CFDT et la CFTC, par exemple, revendiquent une pension équivalant à 100 % du smic net pour les bas salaires.
« Il n’y a aucun engagement ferme sur l’emploi et la famille, pas davantage sur le cumul emploi-retraite, ou l’idée d’une cessation progressive d’activité », regrette Jean-Louis Deroussen (CFTC). « En réalité, ils n’affichent aucune perspective de réforme », renchérit Solange Morgenstern (CFE-CGC). La CFDT, par la voix de M. Toulisse, a relativisé le durcissement gouvernemental : »Nous avons tous joué ce soir un jeu de rôles. Les conseillers ont endossé les habits du méchant pour que François Fillon et Jean-Paul Delevoye aient ceux du gentil », les 18 et 22 avril, lors des prochaines rencontres bilatérales. « Si nos exigences ne sont pas prises en compte, il y aura un clash et, dans ce cas, nous n’attendrons pas la fin mai pour mobiliser les salariés du public et du privé », avait-il toutefois prévenu avant d’entrer au ministère des affaires sociales.
FO a déjà menacé les pouvoirs publics d’une « riposte d’ampleur », pouvant « aller jusqu’à la grève interprofessionnelle », et la CGT prépare de nouvelles journées d’actions le mois prochain. Contrairement à ce que souhaitait le gouvernement, les cortèges du 1er Mai promettent d’être fournis.
[source – lemonde.fr]
