La guerre d’Irak a détruit le mythique Jardin d’Eden

La guerre d’Irak a détruit le mythique Jardin d’Eden

Pour la Bible, ce delta mythique, aux confins du Tigre et de l’Euphrate, à 200 km au sud de Bagdad, a abrité le Jardin d’Eden, le berceau de l’humanité où Adam s’est pour la première fois adressé à Dieu.

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Aujourd’hui ce n’est plus qu’un espace désolé, couvert d’excréments, de pierres desséchées et d’impacts de balles. L’arbre d’Adam, où se rendaient en pèlerinage chrétiens, musulmans et juifs, est mort.

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« Autrefois, nous considérions que c’était un petit bout du paradis sur terre », déclare Qassem Khalif, professeur d’anglais. « On a enseigné à chaque génération qu’il s’agissait du vrai Jardin d’Eden et du vrai arbre d’Adam, le lieu où il a pour la première fois parlé à Dieu. Maintenant, vous pouvez le constater, tout est en ruines. Il n’y a ni respect, ni humanité, non… ». Il cherche ses mots. « Pas d’amour ni de gentillesse ».

Que l’on croit en la tradition biblique ou non, la Mésopotamie, le croissant fertile entre le Tigre et l’Euphrate, est le berceau des civilisations de Sumer, d’Akkad, de Babylone et d’Assyrie, auxquelles l’humanité doit l’écriture, le calcul et ses premières villes. C’est là que l’alphabet a été inventé et que nos journées ont été divisées en 24 heures. C’est là que les premiers poèmes épiques ont été composés pour perpétuer l’histoire collective, et que nous avons appris à cultiver.

Et c’est là encore que le parti Baas de Saddam Hussein a édifié dans les années 1970 un tombeau, dans le village d’Al-Qurna, pour essayer de tirer profit de l’afflux de pèlerins. Mais la guerre contre l’Iran a commencé. Le lieu a été négligé et tombe en ruines. Les murs et le sol sont lézardés.

Sous le Jardin, sur une jetée polluée par les rejets urbains, des enfants se battent avec une meute de chiens faméliques avant de plonger pour nager et pêcher.

« C’est si bête. Comment peut-on fermer le Jardin d’Eden? », s’interroge M. Khalif, qui rappelle que l’Irak, depuis les temps anciens, n’a jamais été un espace fermé. « Regardez ce qui reste, c’est une tragédie. J’ai honte car nous sommes chargés de le garder. Nous espérons que quand la paix reviendra en Irak, des gens du monde entier reviendrons et prierons à nouveau devant l’arbre d’Adam », poursuit-il.

Après la guerre du Golfe en 1991, la région a été victime de la politique de la terre brûlée de Saddam Hussein, en raison du soutien apporté par le sud du pays aux forces alliées et de la tentative de soulèvement qui y a eu lieu.

Le parti Baas au pouvoir a asséché les marais et détruit la vie des indigènes, descendants des anciens Sumériens et Babyloniens, sous le prétexte fallacieux de rendre cette terre salée cultivable.

Aujourd’hui, après une nouvelle guerre, les troupes britanniques du régiment irlandais du 1er Bataillon royal sont accueillies par des applaudissements. Leurs véhicules sont couverts de fleurs de frangipaniers roses et de soucis d’un orange éclatant. Les enfants poursuivent le défilé des troupes et les invitent à entrer dans le Jardin, mais ils refusent.

« Ce n’est pas le lieu pour les uniformes et les armes, cela n’a jamais été le cas et cela ne le sera pas maintenant », déclare le commandant Mike Murdoch, officier irlandais qui a pris le contrôle d’Al-Qurna dans les heures qui ont suivi la chute du régime de Saddam Hussein.

M. Khalif dit que la population lui est reconnaissante de son geste.

« Nous, les gens d’Al-Qurna, nous pensons que c’est un lieu exceptionnel et c’est notre voeu le plus cher qu’un jour sa gloire ancienne soit restaurée. Car la gloire du Jardin d’Eden est la gloire de Dieu ».

[source – yahoo.com]