Le Medef a haussé le ton mercredi sur le dossier des retraites, avertissant qu’il ne se contenterait pas d’une réforme a minima focalisée sur la seule fonction publique, et demande au gouvernement de ne pas « se défiler ».
Ernest-Antoine Seillière, le président de l’organisation patronale, est ainsi sorti de la réserve qu’il observait depuis plusieurs semaines sur ce dossier, confirmant les impressions exprimées par les syndicats qui avaient, ces derniers jours, noté un changement de comportement du négociateur du Medef, Guillaume Sarkozy, dans le groupe de travail mis en place par le gouvernement.
Mardi, M. Seillière s’est certes félicité de voir entérinée « la perspective de l’équité en ce qui concerne la retraite des fonctionnaires qui, par étapes, seraient invités à rejoindre les 40 ans de cotisation pour avoir la retraite pleine ». Mais c’est pour immédiatement prendre ses distances avec la stratégie globale suivie par le gouvernement.
« Il y a 16 millions de salariés du privé, leur retraite est une question essentielle, c’est la retraite des Français. La réforme doit donc toucher bien entendu l’ensemble du secteur privé », a-t-il insisté, se disant « extrêmement soucieux » de voir le gouvernement faire « preuve de prudence en ce qui concerne l’ensemble du secteur privé ».
M. Seillière a décliné ses critiques à l’égard d’un tel choix.
Premièrement, « si on ne faisait rien sur la retraite privée, nous ne pourrions rien faire sur la retraites complémentaire, alors qu’on sait que la retraite complémentaire va dans le mur, et y va très vite, si on ne prend pas des mesures pour en amplifier la recette financière », a expliqué M. Seillière.
Par ailleurs, une réforme portant sur la seule fonction publique ne serait « pas politiquement acceptable » car l’ensemble des fonctionnaires « pourrait se considérer en quelque sorte comme une victime de cette réforme qui n’aurait pas été étendue à l’ensemble des Français », a souligné M. Seillière.
« C’est un problème national, ce n’est pas un problème spécifique à telle ou telle catégorie de salariés », a-t-il martelé.
Enfin, renouant avec le ton de ses premières interventions de l’été dernier sur la politique gouvernementale, le président du Medef a rappelé que l’équipe Raffarin avait les coudées franches et devait en profiter pour agir.
« L’année 2003 est une année désignée par la réforme puisque, politiquement, le gouvernement, qui a une large majorité, peut agir », a-t-il dit.
« Il n’y a pas d’élections en vue et on ne peut pas dire qu’actuellement, il soit +challengé+ par une opposition menaçante sur le plan électoral: donc les conditions pour la réforme sont là, et c’est une raison supplémentaire bien entendu pour être particulièrement insistants, pour qu’on ne se défile pas », a-t-il ajouté.
« Il ne s’agit pas de mettre en place je ne sais quel mécanisme qui pourrait conduire un jour ou l’autre à des décisions, il s’agit de prendre des décisions », a d’ailleurs affirmé M. Seillière, dans une allusion au projet du ministre des Affaires sociales, François Fillon, de mettre en place « une autorité indépendante » ou « une structure paritaire », qui « proposera régulièrement des réajustements de la réforme ».
[source – yahoo.com]
