En Afghanistan, les talibans font désormais ce qu’ils veulent

Elles sont trois, assises en tailleur sur un tapis rouge pourpre égaillé de motifs fleuris.

Charzad Balouch (34 ans), Reza Gol (41 ans) et Salima Charifi (19 ans), châle noir encadrant un visage au maquillage discret, sont venues dire leur angoisse.

Pourquoi les troupes britanniques, qui guerroient contre les « terroristes » dans la province d’Helmand (Sud) au nom de la Force internationale d’assistance pour la sécurité (ISAF), dirigée par l’OTAN, se sont-elles retirées de Musa Qala, il y a un mois?

Pourquoi la ville a-t-elle été ainsi « livrée » aux talibans?

Quel accord trouble entre l’Etat et les talibans la reddition de Musa Qala camoufle-t-elle?

En visite à Kaboul, le premier ministre britannique, Tony Blair, a appelé l’OTAN, lundi 20 novembre, à « se concentrer » sur son engagement en Afghanistan et à le mener « jusqu’à ce que le travail soit terminé ».

M. Blair a reconnu que la résolution des problèmes allait prendre « beaucoup de temps ».

Pour sa part, le président Hamid Karzaï a estimé qu’il fallait « se dépêcher de rendre la vie meilleure aux Afghans ».

Plus de 3 700 personnes « des insurgés, des civils, des soldats afghans et étrangers » ont été tuées depuis janvier.

Elles s’expriment sur un ton posé, sans acrimonie mais avec résolution.

A leurs pieds s’étale le déjeuner du jour : galettes, yaourt au lait de chèvre et pommes de terre bouillies dans du jus de tomate relevé d’oignons.

Les murs de la pièce sont nus.

A travers la vitre sale, on aperçoit les montagnes aux crêtes enneigées qui entourent Kaboul.

Voilà deux semaines que les trois femmes sont montées dans la capitale.

Têtues, elles font le siège des ministères et du palais présidentiel.

En guise de réponses, elles ne recueillent que justifications alambiquées et pieuses promesses.

Elles affirment qu’elles resteront à Kaboul « le temps qu’il faudra », le temps de comprendre pourquoi l’Etat et l’OTAN les ont « abandonnées ».

Elles ne sont que l’avant-garde, fortes de leur légitimité d’élues au conseil régional d’Helmand, d’un mouvement de protestation plus large.

Une quarantaine de femmes et plusieurs dizaines d’hommes les ont accompagnées dans leur périple vers la capitale.

Ils logent chez l’habitant ou à l’hôtel et attendent des réponses.

Officiellement, racontent-elles, les troupes britanniques n’ont confié les clés de Musa Qala qu’aux « barbes blanches », c’est-à-dire aux notables villageois.

Les talibans ont repris le contrôle du lieu et ils se sont livrés à des sanglantes représailles contre les représentants du gouvernement central. « Ils leur arrachent les ongles ou les yeux et trempent leur visage dans de l’eau bouillante, précise Charzad Balouch. Les talibans font désormais ce qu’ils veulent. »

Outre deux rencontres, entre autres, avec le président Hamid Karzaï, elles se sont exprimées dans les radios et les télévisions.

Fanch