Les positions se figent avant le rapport de l’Onu sur l’Irak

L’opposition entre les Etats-Unis et une partie de l’Europe sur l’opportunité de lancer ou non une guerre contre l’Irak s’est poursuivie sur tous les fronts diplomatiques à deux jours du rapport crucial des inspecteurs en désarmement des Nations unies.

Au sein de l’Otan, la France, l’Allemagne et la Belgique, n’ont pas semblé adhérer aux nouvelles propositions d’aide à la Turquie en cas d’attaque de l’Irak.

Les trois pays ont opposé lundi leur veto, qualifié d' »inexcusable » par Washington, à une série de mesures qui, selon elles, donnerait le signal que l’Otan se prépare d’ores et déjà à une guerre alors qu’ils veulent au contraire renforcer les inspections de l’Onu en Irak afin de désarmer ce pays de manière pacifique.

Le secrétaire général de l’Alliance atlantique, George Robertson, a présenté de nouvelles propositions plus limitées mercredi aux ambassadeurs des 19 pays alliés mais la France a indiqué que sa position n’avait « pas changé ».

Ces divisions au sein de l’Otan reflètent également l’incompatibilité des positions adoptées par les pays membres de l’Union européenne.

Le chancelier allemand Gerhard Schröder et le chef du gouvernement espagnol Jose Maria Aznar, qui s’est aligné sur Washington, n’ont ainsi pu que constater leur désaccord mercredi lors d’un sommet bilatéral en Espagne.

« MOMENT DE VERITE »

Paris a par ailleurs soumis aux membres du Conseil de sécurité de l’Onu des propositions détaillées sur les moyens d’intensifier les inspections en Irak.

Dans un document de quatre pages remis aux autres membres du Conseil de sécurité, la France propose notamment de doubler ou tripler le nombre d’inspecteurs, de renforcer la surveillance aérienne des sites suspects ou visités, et de déployer un corps de sécurité spécial pour contribuer à la recherche d’éventuelles armes de destruction massive, que Bagdad dément posséder.

La France est pour l’instant soutenue par la Russie et la Chine, autres membres permanents du Conseil de sécurité disposant à ce titre d’un droit de veto, et par l’Allemagne, présidente en exercice du Conseil.

Mais dans un entretien publié mercredi par un journal égyptien, le secrétaire d’Etat américain, Colin Powell, a rejeté ces propositions dont le but, à ses yeux, n’est que de repousser le règlement de la crise.

« Le problème n’est pas l’augmentation du nombre d’inspecteurs ou de leurs capacités techniques. Le problème réside dans la coopération de l’Irak », estime Powell.

Le secrétaire d’Etat américain a encore indiqué mercredi à Washington que le « moment de vérité » approchait quant au désarmement pacifique ou militaire de l’Irak.


Peu après, la Maison blanche annonçait que des discussions étaient en cours sur une nouvelle résolution comminatoire, trois mois après la résolution 1441 donnant à l’Irak une « dernière chance » de désarmer sous peine « de graves conséquences ».

« LIAISON IMPIE »

Chaque pays attend désormais le rapport que Hans Blix, chef de la Commission de contrôle, de vérification et d’inspections des Nations unies (Unmovic) et Mohamed ElBaradeï, directeur de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) remettront au Conseil vendredi sur la coopération des autorités irakiennes.

Signe de l’importance attachée à ce rapport, les ministres français et russe des Affaires étrangères, Dominique de Villepin et Igor Ivanov, et l’Américain Colin Powell devraient se rendre à New York pour écouter Blix et ElBaradeï.

Les Etats-Unis ont par ailleurs insisté mercredi sur la preuve des liens entre l’Irak et le « terrorisme » que constitue à leurs yeux le message attribué à Oussama ben Laden et diffusé mardi par la chaîne de télévision Al Djazira.

La Maison blanche, par son porte-parole Ari Fleischer, a accusé le régime irakien de Saddam Hussein et le réseau Al Qaïda de Ben Laden, soupçonné d’avoir organisé les attentats du 11 septembre 2001, d’entretenir une « liaison impie ».

L’Allemagne, rangée au sein de la « vieille Europe » par le secrétaire américain à la Défense Donald Rumsfeld a au contraire estimé que le message attribué à Ben Laden ne permettait pas de « conclure à une preuve de l’existence d’un axe, ou d’un lien étroit, entre le régime de Bagdad et Al Qaïda ».

40.000 RESERVISTES

Sur la cassette diffusée par Al Djazira, une voix, apparemment celle de Ben Laden, appelle les musulmans « au nom de Dieu seul » à la lutte contre « les alliés du démon », les Etats-Unis et leurs alliés en cas d’offensive contre l’Irak.

Les Etats-Unis, pour leur part, ont rappelé près de 40.000 réservistes supplémentaires en prévision d’un possible conflit, et la Grande-Bretagne, leur soutien indéfectible en Europe, a augmenté ses crédits éventuels à une intervention militaire contre l’Irak.

Le vice-président irakien, Taha Yassine Ramadan, a prévenu mercredi que les Etats-Unis entraînaient le monde « vers une grande catastrophe » avec leur volonté d’envahir l’Irak.

Un émissaire du pape Jean Paul II, le cardinal Roger Etchegaray, se trouve depuis mardi en Irak pour encourager les autorités irakiennes à coopérer avec les inspecteurs de l’Onu.

[source – yahoo.com]