Les tribulations de l’ancien porte-avions Clemenceau ne se sont pas achevées avec la décision de le rapatrier en France.
En panne de contrat de remorquage, le navire n’avait toujours pas pris le chemin du retour vers Brest, vendredi 17 février, où il sera accueilli, dans quelque trois mois, avec des sentiments mêlés.
Avec émotion par les marins qui ont servi à son bord, mais sans plaisir par le maire (PS), François Cuillandre, qui refuse la perspective de voir « la carcasse du Clemenceau pourrir dans un coin de la rade de Brest pendant un temps indéterminé ».
Au ministère de la défense, on se garde de tout pronostic, tout en doutant de la possibilité de trouver rapidement un chantier prêt à se charger des travaux de désamiantage et de démantèlement.
Le bateau se rend à Brest, et non à Toulon, eu égard aux « conditions de stationnement et de place disponible », et sera amarré dans le port militaire ou mouillé au large.
L’assentiment du maire n’est donc pas nécessaire.
Plusieurs experts maritimes ont souligné que cette traversée, via le cap de Bonne-Espérance, risque d’être moins tranquille que le trajet aller par le canal de Suez.
Le « Clem », qui offre une importante prise au vent, va devoir remonter l’Atlantique contre les courants, au moment où débutent les perturbations de l’automne austral.
Le ministère de la défense rappelle que le convoyage du bâtiment vers l’Inde « n’a rien coûté au contribuable », puisqu’il a été pris en charge par le consortium Ship Decommissioning Industries (SDI) – lequel a acheté la coque 100 000 euros à l’Etat français -, et assure que le coût de son retour n’excédera pas 1 million d’euros.
La polémique sur ce point ne fait que commencer, comme celle sur les conditions de son désamiantage et de son démantèlement, et sur le tonnage d’amiante qui reste à bord.
Michèle Alliot-Marie, ministre de la défense, qui sera entendue mercredi 22 février par la commission de la défense de l’Assemblée nationale, devra s’expliquer sur ces questions.
Interrogé le 8 février par la mission d’information de l’Assemblée sur les risques de l’exposition à l’amiante, l’amiral Alain Oudot de Dainville, chef d’état-major de la marine, a rappelé que le coût d’une telle « déconstruction » dans une filière française ou européenne avait été évalué – il y a trois ans – à « un minimum de 45 millions d’euros ».
L’amiral a reproché aux associations écologistes de se fonder sur les seuls éléments apportés par la société Technopure.
En France, le projet de couler le Clemenceau au large de Marseille avait été abandonné en 2002.
Fanch
