En novembre 2000 arrive le nouveau bébé d’Intel : le Pentium 4. Il pèse 1,4GHz à la naissance, dispose d’une architecture toute neuve, lui permettant d’atteindre des fréquences élevées, et intègre des technologies innovantes, certaines présentes dès le départ (Netburst, SSE2), d’autres en projet dans les labos pour un peu plus tard (Hyper Threading)…
Jusqu’ici, tout a l’air en bon ordre : Intel crée des processeurs et chipsets qui fonctionnent bien, et les produits se vendent…
Grâce notamment à SiS, la plate-forme P4 s’impose dans des temps records, puisqu’un an après sa naissance, le dernier né devient le processeur PC le plus vendu.
Et pourtant, en coulisse, une guerre est en train de se préparer. Il ne s’agit pas d’une guerre d’ingénieurs dans la course au GHz contre AMD, mais d’une autre, avec des avocats et des juristes en première ligne, entre Intel et les fabricants de chipsets P4.
Les péripéties judiciaires commencent en Septembre 2001, mois au cours duquel Intel lance une terrible accusation contre VIA. Mais la pomme de la discorde a été cueillie un mois plus tôt…
Août 2001 : SIS, ATI et ALi disposent chacun d’une licence accordée par Intel leur permettant de concevoir et surtout de commercialiser des chipsets pour le Pentium 4. Mais pas VIA.
VIA lance pourtant deux chipsets P4 (P4X266 pour les ordinateurs de bureau et P4M266 pour les portables), arguant d’un ancien accord croisé entre Intel et S3 Graphics, désormais sa propriété. Selon VIA, cet accord lui donne le droit de vendre des chipsets pour le P4.
Cela ne plait pas vraiment à Intel, mais aucune action contre VIA n’est annoncée.
Ca ne suffit pas à rassurer les principaux constructeurs de cartes mères, qui annoncent leur refus d’utiliser les deux chipsets litigieux tant que le problème n’est pas résolu.
Quelques jours après, VIA accuse Intel d’avoir signalé à ces fabricants que les P4X266 et P4M266 étaient produits sans licence dans l’intention de bloquer les ventes de ces chipsets.
Tout le monde est embrouillé par les différentes attaques de part et d’autre et très peu de personnes comprennent encore quelque chose à cette histoire.
Et c’est ainsi que le 7 septembre 2001, un nouveau procès contre VIA est lancé alors qu’un autre, datant de juin 1999, toujours entre Intel et VIA, toujours à cause d’une histoire de brevets, mais portant cette fois sur le Pentium III, est encore en suspens…
Dans ce nouveau procès, Intel accuse VIA d’avoir violé cinq brevets lui appartenant avec les P4X266 et P4M266…
En vendant ces chipsets à travers le monde, VIA aurait causé un « dommage irréparable » à Intel.
10 septembre 2001 : nouveau procès entre Intel et VIA, sauf que cette fois, c’est VIA qui attaque et accuse Intel d’avoir violé certains de ses brevets avec les Pentium 4 et les chipsets i845.
VIA porte également plainte contre Intel pour l’avoir empêché de lancer ses chipsets dans des conditions normales.
Avril 2002, au Royaume-Uni : alors qu’Intel a gagné le procès, VIA fait appel…
31 octobre 2002, en Allemagne : Intel gagne le procès et les chipsets VIA P4X266 et P4M266 sont interdits d’importation dans ce pays.
Première victoire sans appel pour Intel.
Pendant ce temps-là, Intel prépare autre chose…
Novembre et décembre 2002 : Intel annonce des Pentium 4 ayant un FSB de 200MHz Quad-pumped (eq. 800 Mhz) et utilisant la technologie HT ainsi que les chipsets adéquats.
Ce week-end, une news surprenante tombe :
Alors que VIA – qui rappelons le n’a toujours pas de licence en bonne et dûe forme – produit ou va produire des chipsets utilisant les deux nouvelles technologies d’Intel sans que ce dernier s’en alarme, SiS et ALi, pourtant en règle, n’ont pas le droit de faire de même.
Après s’être servi de SiS pour imposer sa nouvelle plate-forme, Intel semblerait ainsi vouloir s’en débarrasser purement et simplement, et sans préavis…
Aujourd’hui, on apprend que le procès dans lequel VIA avait fait appel a été révisé et que VIA a gagné : la société pourra continuer à produire ses chipsets P4 sans problème, et sans payer de royalties… (NDC : Racheter S3 aura donc servi à autre chose qu’à faire des chips Vidéo intégrés de m….)
De son côté, Intel – peut être pour contrer VIA – a cédé à SIS une licence lui permettant de sortir des chipsets prenant en charge l’Hyper Threading.
En fin de compte, la tentative d’Intel pour avoir un quasi-monopole sur les chipsets P4 a en grande partie échoué, et ce malgré deux années de batailles juridiques. SiS et VIA vont en effet tous deux pouvoir commercialiser leurs composants librement…
Reste que SiS est toujours en train de négocier sa licence pour le FSB à 800 Mhz qu’ALi n’a aucune licence, et qu’Intel n’a sûrement pas dit son dernier mot dans le dossier VIA…
[source – inpact-hardware.com]
