Les Quinze et les dix candidats scellent leur union à Copenhague

L’Union européenne et les dix pays candidats à l’adhésion ont scellé leur union par un accord sur les conditions économiques et financières de l’élargissement, qui aura lieu le 1er mai 2004.

Les chefs d’Etat et de gouvernement des 25 pays ont fait mentir les Cassandre qui prévoyaient une réunion-marathon jusqu’à dimanche en parvenant à un accord au terme d’une seule journée de négociations marquée par une légère dramatisation.

« La Pologne a franchi une grande étape historique », a déclaré le Premier ministre polonais Leszlek Miller en remerciant le Pape Jean Paul II pour son soutien à l’unification européenne. « Nous nous sommes débarrassés du fardeau de Yalta ».

Le gouvernement polonais était très attaché à la conclusion d’un accord le 13 décembre, date-anniversaire de la proclamation de la loi martiale en 1981, qui marque le début de la répression du mouvement lancé par le syndicat Solidarité.

Du côté des Quinze, le sentiment de vivre un moment d’histoire était également partagé, même si la fixation d’une date conditionnelle pour l’ouverture des négociations d’adhésion avec la Turquie en décembre 2004 occupait tous les esprits.

« Aujourd’hui, nous avons tenu promesse. L’adhésion de 10 nouveaux Etats membres entraînera la fin des divisions en Europe », a déclaré dans un communiqué le président de la Commission européenne, Romano Prodi.

Les négociations d’adhésion sont maintenant achevées avec 10 pays – Pologne, Hongrie, république tchèque, Slovénie, Slovaquie, Estonie, Lettonie, Lituanie, Chypre et Malte -, qui signeront le traité d’adhésion le 16 avril à Athènes.

NEGOCIATIONS TENDUES

La campagne de ratification commencera alors dans les 25 pays et l’adhésion effective aura lieu le 1er mai 2004.

La Roumanie et la Bulgarie suivront logiquement en 2007 si les négociations en cours sont couronnées de succès.

La Turquie pourra quant à elle entamer des négociations en décembre 2004 si elle poursuit ses réformes démocratiques, les Quinze ayant décidé vendredi soir de supprimer le délai entre leur examen des progrès réalisés et l’ouverture des pourparlers.

L’absence d’accord à Copenhague sur le règlement de paix proposé par l’Onu pour Chypre – les Quinze espèrent que c’est une question de semaines – n’empêchera par la seule partie grecque de rejoindre l’UE en cas de blocage persistant.

Le compromis sur le financement de l’élargissement a fait l’objet de négociations ardues et parfois tendues.

Les Quinze avaient fixé jeudi soir à 40,5 milliards d’euros la limite de l’enveloppe financière de 2004 à 2006, annonçant qu’il s’agissait d’une offre à prendre ou à laisser.

Ils refusaient ainsi les demandes de nombreux pays candidats, qui voulaient puiser dans la « réserve » de deux milliards d’euros qui subsistait entre cette offre et le plafond de 42,6 milliards d’euros fixé en 1999 par les Quinze pour les dépenses d’élargissement lors du sommet de Berlin.


Mais les Polonais et, dans une moindre mesure, les Hongrois et les Tchèques, ont pendant toute la journée de vendredi bataillé pour obtenir des conditions plus favorables afin de pouvoir mieux « vendre » l’adhésion à leurs opinions publiques.

Les Quinze ont accepté d’aller très légèrement au-delà de la limite qu’ils s’étaient fixée, à 40,8 milliards d’euros.

L’UE consacrera 23 milliards d’euros aux aides régionales au développement dans les dix pays candidats et 9,7 milliards d’euros aux subventions agricoles.

AIDES AGRICOLES NATIONALES

Quelque 4,2 milliards d’euros seront également débloqués pour améliorer la protection aux frontières et la sûreté nucléaire, une somme forfaitaire d’un milliard d’euros étant destinée à alléger le fardeau des candidats en 2004.

Par rapport à l’offre initiale des Quinze, neuf candidats ont obtenu une somme de 300 millions d’euros supplémentaire et la Pologne bénéficiera de 108 millions d’euros de plus pour assurer la protection de sa frontière orientale.

En outre, les crédits prévus dans le budget pour la réalisation de projets, notamment des routes ou des hôpitaux, qui mettent parfois plusieurs années à être payés, seront partiellement transformés en une facilité de paiement immédiatement mobilisable d’un milliard d’euros pour la Pologne.

Les aides directes aux agriculteurs, que l’UE voulait limiter à 30% en moyenne de 2004 à 2006, resteront à ce niveau mais pourront être abondées par les candidats jusqu’à 60% en moyenne sur la période grâce à leurs budgets nationaux et à l’utilisation d’une partie des facilités de paiement.

Tous les pays ne sont pas logés à la même enseigne.

La République tchèque, pays très industrialisé et relativement riche par rapport aux autres candidats, est ainsi défavorisée par des mécanismes qui font la part belle aux régions pauvres et aux agriculteurs.

Les Tchèques recevront à peine 70 euros par habitant de 2004 à 2006, contre 100 pour la riche mais pastorale Slovénie, 166 pour la Pologne et près de 400 pour les Baltes.

[source – yahoo.com]