Le gouvernement fait passer l’emploi avant la baisse d’impôt

Dominique de Villepin a choisi de sacrifier la baisse de l’impôt sur le revenu promise par le président Jacques Chirac à la lutte pour l’emploi, à laquelle seront consacrés 4,5 milliards d’euros supplémentaires en 2006.

« Toutes nos marges de manoeuvre iront à l’emploi. Ce choix commande de faire une pause dans la baisse de l’impôt sur le revenu », a expliqué le Premier ministre dans sa déclaration de politique générale à l’Assemblée nationale.

Il a cependant promis que tous les engagements de l’Etat, hormis la baisse de l’impôt sur le revenu, seraient tenus malgré des marges budgétaires « étroites ».

La « stabilité des règles du jeu » sera ainsi garantie aux entreprises, pour lesquelles les « allègements de charges ne seront pas remises en cause ».

Pas question non plus, a-t-il assuré, de laisser filer les déficits publics ou de s’affranchir des contraintes du pacte de stabilité européen, qui impose aux pays de la zone euro de maintenir ces déficits sous la barre de 3% du PIB : la France « respectera ses engagements » européens.

« Pour créer de l’emploi, il faut d’abord de la croissance. J’emploierai donc tous les instruments qui nous permettront de favoriser l’investissement et le pouvoir d’achat dans un esprit de responsabilité », a déclaré Dominique de Villepin. « Nos engagements de dépenses publiques seront respectés et les dépenses n’évolueront pas plus vite que l’inflation en 2006. »

Il n’a donné que très peu d’indications sur la manière dont il compte financer cette politique, alors que l’essoufflement de la croissance pèse sur les recettes budgétaires.

Les économistes prévoient au mieux une croissance d’environ 1,5% du PIB français en 2005, alors que le budget de cette année a été bâti sur une hypothèse de croissance de 2,5%.

Beaucoup, jusque dans la majorité, doutaient, avant même la déclaration de politique générale du Premier ministre, de la possibilité pour la France de ramener ses déficits publics à 2,9% cette année, comme elle s’y est engagée.

RELANCE DE L’INVESTISSEMENT PUBLIC

Dominique de Villepin a admis qu’il allait falloir « reconquérir » des marges de manoeuvre « pas à pas ». Il a commencé dès lundi en cédant 6,2% du capital de France Télécom, opération qui a rapporté à l’Etat 3,4 milliards d’euros.

Le Premier ministre a annoncé mercredi qu’une partie du produit de cette cession (500 millions d’euros) irait à la nouvelle Agence pour l’innovation industrielle, afin de financer des projets dans l’énergie solaire, les biocarburants, les nanotechnologies et les biotechnologies.

Il compte notamment sur cette agence voulue par Jacques Chirac et sur la mise en place de « pôles de compétitivité » pour relancer la politique industrielle en France, de même qu’il mise sur une relance de l’investissement public pour donner un coup de fouet à une économie languissante.

Il a ainsi déclaré que l’Etat continuerait à céder des participations dans les sociétés d’autoroutes afin de financer des grands travaux d’infrastructure mais sans préciser l’ampleur de ces futures cessions.

« Dans l’état de la conjoncture, notre économie a besoin d’un signal fort de redémarrage de l’investissement public, y compris en recourant à des financements innovants », a-t-il souligné.

Les mesures d’accompagnement social de l’emploi – primes et allègements de charges diverses – qu’ils a annoncées auront aussi un coût, qui s’ajoutera à la montée en puissance des dispositions du plan de cohésion sociale du ministre de l’Emploi Jean-Louis Borloo.

« La France consacrera à l’emploi un effort supplémentaire de quatre milliards et demi d’euros en 2006 », a-t-il dit.

Il n’a cependant pas précisé ni comment seront ventilés ces 4,5 milliards d’euros, ni où ils seront puisés.

En tout état de cause, ils supposent des redéploiements de crédits si le gouvernement veut respecter ses engagements en matière de dépenses et de déficits publics. Cela devrait notamment entraîner des ajustements dans le volet dépenses du budget 2006, qui doit être bouclé pour le débat d’orientation budgétaire prévu le 28 juin à l’Assemblée et le 29 au Sénat.

[source – yahoo.com] (Reuters)