Jacques Chirac appelle à la responsabilité, promet une impulsion

A trois jours du référendum sur la Constitution européenne, Jacques Chirac exhorte les Français à voter « en responsabilité » sans se « tromper de question » et promet « une nouvelle impulsion » politique pour répondre à leurs « inquiétudes » et « attentes ».

Le 29 mai, chacune et chacun de nous devra faire un choix en responsabilité et en conscience », a dit le chef de l’Etat dans une déclaration radiotélévisée d’environ huit minutes.
Jacques Chirac le soir du 26 Mai 2005

« C’est une responsabilité historique qui engage chacun de nous. Faisons le choix de la confiance en nous-mêmes. Faisons le choix d’une France forte. Dimanche, chacun aura entre ses mains une partie du destin de la France », a-t-il lancé sur un ton solennel.

« Avant tout, nous ne devons pas nous tromper de question », a-t-il souligné alors que le « non », nourri des récriminations envers la politique gouvernementale, culmine dans les sondages dans une fourchette de 53 à 55%.

« La décision qui est devant nous dépasse de très loin les clivages politiques traditionnels. Elle n’est ni de droite ni de gauche. Il ne s’agit pas de dire oui ou non au gouvernement. Il s’agit de votre avenir et de celui de vos enfants, de l’avenir de la France et de l’Europe », a-t-il poursuivi, défendant son choix d’un référendum au nom de « l’honneur et la vitalité de notre démocratie ».

Tout en invitant une ultime fois les Français à ne pas céder à un vote d’humeur, le président de la République a fait écho aux « inquiétudes » des tenants du « non » face à la situation économique et sociale française et s’est engagé à un sursaut dans l’action de l’exécutif, confronté à une impopularité record.

« Durant ce débat, il n’a pas été seulement question de l’Europe. Je le sais. Des inquiétudes et des attentes se sont exprimées. J’en ai pleinement conscience. Et j’y répondrai en donnant une nouvelle impulsion à notre action », a-t-il assuré, sans se prononcer sur un éventuel remaniement gouvernemental.

Cette nouvelle impulsion sera décidée « pour plus de solidarité. Pour plus de dynamisme. Pour mieux faire vivre notre pacte républicain », a-t-il dit, sans plus d’indices.

Après un débat confus sur TF1 le 14 avril et une interview classique sur France 2 le 3 mai, Jacques Chirac a réitéré ses arguments en faveur du « oui » dans un exposé sobre et didactique.


« UN NON A L’EUROPE »

Un « oui », a-t-il répété, « donnera à la France plus de force pour peser sur les choix de l’Europe, confortera son modèle social en ouvrant la voie à une Constitution qui est une réponse forte aux risques de délocalisation ».

Le chef de l’Etat a de fait insisté sur le volet économique et social du Traité constitutionnel, principal sujet d’inquiétude en France, en assurant que le texte plaçait « le progrès social et le plein emploi au coeur de toutes les politiques de l’Europe ». « C’est une avancée déterminante qui va tirer tous les pays vers le haut ».

« Airbus, Ariane. Nous sommes les premiers lorsque nous sommes unis », a-t-il lancé d’un ton pugnace.

Il a estimé que le Traité était « la réponse de l’Europe aux changements du monde, à la mondialisation qui s’accélère ». « Chacun le voit dans son travail et dans sa vie quotidienne ».

Après cette dernière défense et illustration du Traité constitutionnel, Jacques Chirac a dramatisé l’enjeu du scrutin du 29 mai – dramatisation dont il entendait se garder selon son entourage. « Il est aussi de mon devoir de vous dire les conséquences d’un non pour l’Europe et pour la France », a-t-il justifié.

Une victoire du « non » dimanche, a-t-il ainsi prévenu, serait vécue par les Européens « comme un non à l’Europe » et ouvrirait « une période de divisions, de doutes, d’incertitudes ».

Le président français a de nouveau rejeté l’hypothèse d’un « plan B ». « C’est une illusion de croire que l’Europe repartirait de plus belle avec un autre projet. Car il n’y a pas d’autre projet. L’Europe serait en panne, à la recherche d’un impossible consensus. Le monde, lui, continuerait à avancer d’une manière accélérée ».

Et d’interpeller les électeurs tentés par le « non »: « Croyez-vous vraiment que nous pourrions défendre avec la même force nos intérêts économiques, sociaux ou de sécurité? Croyez-vous que nous pourrions défendre avec la même influence la politique agricole commune (…)? Croyez-vous que nous pourrions défendre avec le même poids notre modèle social ou notre exception culturelle? »

Aux défenseurs d’un non « social » de gauche, Jacques Chirac a opposé les risques d’une mainmise de l’ultralibéralisme en Europe.

« Ceux qui ont une conception ultralibérale de l’Europe prendront la main. Ils le feront pour nous amener vers une Europe sans ambition politique, sans esprit d’indépendance, une Europe réduite à une simple zone de libre échange », a-t-il dit.

« Et, ne nous y trompons pas, ce sont les plus vulnérables qui en souffriront le plus », a affirmé le chef de l’Etat.

[source – yahoo.com] (Reuters)