Le ministre de l’Ecologie Serge Lepeltier a ouvert mardi au Sénat le débat sensible sur le texte sur l’eau en réaffirmant sa volonté de ne pas imposer de nouvelle taxe aux agriculteurs, une politique jugée « inacceptable » par UFC-Que Choisir et la gauche.
Ce projet de loi sur l’eau et les milieux aquatiques, issu de 7 ans de concertation et débattu en première lecture au Sénat, vise « un bon état écologique des eaux » en 2015, conformément à la directive européenne du 23 octobre 2000.
Depuis plusieurs semaines, le débat s’est focalisé sur le fait que ce texte ne prévoit aucune taxation des nitrates de l’agriculture, conformément à l’engagement pris en 2002 par Jacques Chirac lors de la campagne présidentielle.
La première association de consommateurs en France, UFC-Que Choisir dénonce le « manque de courage politique » du gouvernement et accuse ce projet de faire peser sur les ménages l’essentiel de la lutte contre les pollutions agricoles.
Selon les chiffres officiels cités par l’association, l’agriculture est responsable de 74% des nitrates (émis par les élevages et engrais) et achète 90% des pesticides qui contaminent les eaux françaises.
Devant le Sénat, M. Lepeltier a déclaré que « l’efficacité économique et peut-être surtout écologique » d’une redevance sur les engrais était « loin d’être démontrée » en matière de lutte contre la pollution des eaux.
Selon lui, « la conditionnalité des aides PAC (politique agricole commune) est un meilleur outil » et « permettra sans nul doute une meilleure application des directives européennes et notamment de celle sur les nitrates ».
UFC-Que Choisir réplique que des « pans entiers de l’agriculture ne sont pas concernés » puisque la PAC « ne traite ni des élevages de porcs, ni des volailles, ni de la viticulture et des fruits et légumes ».
Pour le sénateur PS Paul Raoult, ce texte présente « un certain nombre d’avancées significatives », mais, a-t-il dit, s’il n’était pas amendé, il « présenterait de graves insuffisances ».
Il a jugé « inacceptable » qu’aucune redevance sur les produits azotés ne soit instaurée. « Il faut créer un électrochoc chez les paysans qui sera salutaire pour tous », a-t-il lancé, ajoutant que « l’argent collecté permettrait d’aider les agriculteurs à généraliser des pratiques agronomiques raisonnées ».
Mais pour l’UMP Philippe Richert, il faut « être réaliste ». « S’il est nécessaire que tous les utilisateurs prennent en charge la pollution » qui leur incombe, « on ne peut imposer aux agriculteurs une révolution et un coût dont ils ne pourraient (pas) se remettre », a-t-il expliqué.
M. Richert a dénoncé « l’ineptie » de notre comportement par rapport à l’eau. « L’eau continue à être utilisée sans limite, polluée à souhait, mais dépolluée avant rejet », a-t-il déclaré. « C’est comme si vous aviez une voiture et que vous rentriez dans le mur parce que vous avez un garagiste derrière pour vous la réparer », a-t-il dit, dénonçant « un comportement de nanti ».
Selon lui, ce projet de loi est « équilibré » et « amendable ».
La plus critique aura été la communiste Evelyne Didier, pour qui « ce texte apparaît à bien des égards comme conservateur du système, sans grande ambition de changer ».
« Les agriculteurs, les industriels, les producteurs, les multinationales, les collectivités » devraient participer davantage « à l’effort collectif » de dépollution des eaux, a-t-elle regretté.
[source – yahoo.com] (AFP)
