Sida: les ONG ont peur de ne plus pouvoir acheter de génériques en Inde

L’application, dès janvier en Inde, des accords de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) sur les droits de propriété intellectuelle risque, selon les organisations humanitaires engagées dans la lutte contre le sida, de tarir une source essentielle de médicaments génériques.

Ce sont pourtant, souligne Médecins sans Frontières, ces copies bon marché qui ont permis une réelle avancée contre le sida dans les pays en développement en 2001, en faisant chuter le prix d’une trithérapie de 10.000 à 300 dollars par patient et par an.

Mais dès le 1er janvier, « l’Inde, grand fournisseur de génériques, ne sera plus autorisée à copier les nouvelles molécules, sauf sous conditions exceptionnelles », s’inquiète Annick Hamel, responsable à MSF de la campagne d’accès aux médicaments essentiels, alors que la majorité des malades est toujours en attente de traitement.

« Le sida est la face la plus criante et la plus actuelle du problème », mais les nouveaux antibiotiques pour lutter contre la tuberculose et d’autres maladies infectieuses sont également concernés, précise-t-elle.

Un accord conclu le 30 août 2003 au sein de l’OMC devait permettre aux pays en crise sanitaire d’importer des médicaments génériques en dérogeant aux règles sur les brevets. Si son principe « est bon, ses modalités d’application sont ubuesques », ce qui le rend « quasi inutilisable », selon la responsable de MSF.

Encore permise pour les médicaments inventés avant 1995, la copie peut être remise en question au cas par cas pour ceux sortis entre 1995 et 2005: « plusieurs milliers de demandes de brevets sont en attente », selon MSF, y compris pour des antirétroviraux (ARV) largement utilisés contre le sida.

Le Combivir, nom commercial d’une association d’ARV produite par GlaxoSmithKline (London: GSK.L – actualité) , pourrait ainsi, selon MSF et l’organisation de lutte contre le sida Act Up, ne plus pouvoir être copié par les fabricants indiens de génériques. Or, quelque 30% des séropositifs africains sous traitement utilisent un générique du Combivir fabriqué en Inde, souligne Act Up.

Pour les nouveaux médicaments, à partir de 2005, le brevet d’exclusivité de vingt ans sera la règle, les protégeant de copies bon marché.

Loin d’être un luxe, l’accès à des ARV toujours récents est une nécessité compte tenu des phénomènes de résistances aux traitements qui se développent lorsque le virus du sida (VIH) trouve des parades, grâce à ses mutations fréquentes.

Dues à des erreurs dans la copie du matériel génétique, ces mutations peuvent s’avérer profitables au VIH en lui permettant de déjouer les pièges que lui tendent les ARV. Il faut alors viser d’autres « points faibles » du virus, en passant des traitements de « première ligne », à ceux de deuxième ou troisième génération.

Les trithérapies dites de « première ligne » dont bénéficient moins d’un demi-million de personnes dans les pays en développement, peuvent rester efficaces deux ans, selon un expert, peut-être jusqu’à cinq ans, espère-t-on à MSF.

Si pour le premier traitement, le coût peut se limiter à 200 ou 300 euros par an dans les pays pauvres, parce que les firmes pharmaceutiques ont baissé leurs prix sous la pression des génériques, les ARV de deuxième ligne sont au moins cinq fois plus chers. Faute de concurrence, ils pourraient le rester.

D’où le risque de voir les malades devenus résistants aux premiers ARV, privés d’alternatives, met en garde MSF, qui traite 23.000 personnes dans 27 pays, dont « une centaine » sont passés aux ARV de « deuxième ligne ».

Une proportion appelée à augmenter comme c’est déjà le cas au Brésil, où quelque 150.000 malades sont sous trithérapie, dont certains depuis plus de six ans.

[source – yahoo.com] (AFP)