Les chômeurs entre droits et devoirs

Dans un pays où un actif sur dix est inscrit à l’ANPE, où le chômage bride l’espoir et fragilise le lien social, parler de contrôler les demandeurs d’emploi, c’est se faire taxer d’ultralibéralisme.

Pis sans doute, c’est s’exposer à un procès pour manque de coeur. Cependant, le sujet doit être débattu publiquement, comme l’y invite le rapport Marimbert, rédigé à la demande du Premier ministre. Orfèvre en la matière, l’ancien directeur général de l’ANPE souligne en effet « la forte ambiguïté qui continue de marquer notre société à l’égard des droits et obligations du demandeur d’emploi » et il étaye son propos de chiffres éloquents quant à la faiblesse des moyens de contrôle et, partant, du nombre dérisoire de radiations.

Qu’on ne s’y méprenne pas. Les faux chômeurs sont rarissimes et le droit à la paresse est légitime s’il ne s’exerce pas au détriment de la collectivité. L’assurance-chômage, comme les retraites, comme l’assurance-maladie, fonctionne sur le mode de la répartition, de la mutualisation. Or, sous le double effet de l’insécurité et de la précarisation de l’emploi d’une part, de l’imprécision et de la générosité des règles d’indemnisation, d’autre part, beaucoup de chômeurs estiment avoir un droit de tirage sur l’Unedic, jugent légitime de récupérer leur mise en ne recherchant pas activement un emploi dès les premières semaines de chômage. La suppression de la dégressivité des allocations les y encourage d’ailleurs.

Cette attitude a des conséquences en chaîne. Sur le chômeur lui-même qui, au fil des mois, perd de son « employabilité ». Sur l’opinion publique, prompte à faire l’amalgame entre les profiteurs et ceux qui – ce sont les plus nombreux – peinent à retrouver un emploi et se découragent. Pour tous les salariés enfin, dont les cotisations s’alourdissent pour faire face au déficit du régime. Déficit qui, lui-même, pèse sur les entreprises et freine les embauches.

Jusqu’ici la France n’a pas voulu s’attaquer au problème et resserrer les boulons. La dernière tentative en 2000 à la faveur de la nouvelle convention négociée par les partenaires sociaux s’était heurtée au refus du gouvernement Jospin. Cette fois, celui de Jean-Pierre Raffarin semble décidé à franchir le pas. Il sera d’ailleurs l’un des derniers à le faire en Europe. A l’instar de nos voisins, il ne s’agit pas de diminuer a priori les droits des chômeurs mais de les encourager fermement à accepter un job qui, sous le vocable d’emploi « acceptable » ou « approprié », correspond à leur formation, à leurs capacités et s’éloigne le moins possible de leur métier et de leur salaire antérieurs. Les sanctions en cas de refus répétés devant être évidemment graduées. Cette réforme est possible en 2004 car tout laisse à penser que la situation de l’emploi va s’améliorer. Elle est nécessaire car le laisser-aller actuel fait naître la suspicion et encourage le poujadisme.

[source – lesechos.fr] MICHÈLE LÉCLUSE