Alstom: le juridisme de Bruxelles va conduire au dépôt de bilan

Alstom: le juridisme de Bruxelles va conduire au dépôt de bilan

Le juridisme de la Commission européenne fait peser sur Alstom un « très fort risque de dépôt de bilan », ont indiqué jeudi soir des sources proches du dossier, pour qui Bruxelles se comporte comme un juge et pas comme l’exécutif qu’il prétend être.

« Le risque de dépôt de bilan le 22 ou le 23 septembre est très sérieux. Et s’agissant d’une entreprise en situation financière négative et dotée d’installations dans de nombreux pays, le risque de liquidation est très fort », a confié à l’AFP une source dans l’industrie.

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Pour cette source, les services du commissaire à la Concurrence Mario Monti, qui ont reçu jeudi l’aval de la Commission pour bloquer le plan de sauvetage d’Alstom, se comportent « comme un agent de police qui siffle l’ambulance parce qu’elle a brûlé un feu rouge. Le cadavre remue encore mais très peu ».

Selon les mêmes sources, Bruxelles est coupable d’avoir adopté une communication systématiquement négative à l’égard de l’effort entrepris pour sauver un géant industriel, qui emploie 110.000 personnes dans le monde dont environ les deux tiers en Europe.

D’autre part, l’insistance de Mario Monti à rendre explicite ce qui est implicite dans le droit européen, fait fuir les clients d’Alstom, active dans des secteurs à cycle très long où la confiance dans l’avenir est cruciale.

« Il ne s’agit pas de vendre des pots de yaourt », souligne une source bancaire proche du dossier. Un client qui commande un métro ou une centrale à Alstom engage ses propres finances puisqu’il peut avancer jusqu’à 25% du montant d’un contrat.

« Nous ne leur reprochons pas de vouloir appliquer leurs règles », indique la source dans l’industrie. Mais, ajoute-t-elle, il y a la manière.

S’agissant des ORA (obligations remboursables en action) qui permettraient à l’Etat français de réaliser le renforcement des fonds propres demandé par les banques françaises et étrangères pour garantir la viabilité financière du groupe, Bruxelles demande qu’il soit écrit explicitement dans le contrat d’émission qu’Alstom devra les rembourser en liquide si la Commission rejette finalement le plan de restructuration, dans six ou huit mois.

« Cela tue le contrat d’émission », explique cette source, alors même que c’est implicite dans le droit européen, qui s’imposerait en tout état de cause au droit français. « Pour les clients, il y a un risque majeur que Bruxelles dise non ». Un risque aggravé par l’attitude de la direction de la concurrence qui, n’ayant pas regardé le fonds du dossier, exige que toutes les mesures structurelles prévues par Alstom soit considérées comme temporaires.

Alstom a annoncé et engagé la vente de 25% de ses actifs, soit 3 milliards d’euros de cession, 5.000 licenciements qui ne seront sans doute pas les derniers et des mesures de restructuration financière pour renforcer ses fonds propres et réduire son endettement.

« L’entreprise peut être sauvée », » estime la source bancaire, qui ajoute que dans le cas contraire, 31 banques internationales n’auraient pas décidé début août de s’engager au côté de l’Etat français.

Selon les mêmes sources, la Commission aurait dû adopter une communication positive, en indiquant qu’elle n’était pas hostile à l’intervention de l’Etat et en affichant un préjugé favorable, renvoyant la décision sur le fonds au terme de l’enquête approfondie.

La leçon, reprend la source dans l’industrie, est que « le dossier Chrysler a été traité aux Etats-Unis par le gouvernement fédéral et un exécutif responsable ». Dans les années 80, le gouvernement américain avait organisé le renflouement du troisième constructeur automobile américain en lui accordant un prêt de deux milliards de dollars. Au contraire, le gouvernement français, qui se démène depuis le début de l’été pour prévenir un naufrage industriel, se trouve face à Bruxelles comme une simple autorité locale.

« Bruxelles agit en juge. Lorsqu’il s’agit de venir en aide à une entreprise majeure, ils n’ont pas les instruments », résume la même source, ajoutant que cette situation « pose la question de ce qu’est l’Europe ».

[source – yahoo.com] (AFP)