Le gouvernement prend tout son temps sur la réforme de la Sécurité sociale. Le ministre de la Santé Jean-François Mattei, qui donnait mardi le coup d’envoi des consultations avec les partenaires sociaux, a proposé de mettre en place une instance de concertation pour établir d’ici novembre un « diagnostic partagé ».
Selon le secrétaire général de Force Ouvrière Marc Blondel, ce Haut conseil s’inspirera du modèle du Conseil d’orientation des retraites (COR), créé par le gouvernement Jospin. Il devrait réunir les partenaires sociaux, les administrations, des personnalités qualifiées, des représentants du corps médical et des malades.
Mise en place « dans les prochains jours », cette instance préparera la période de concertation proprement dite, qui s’étalera jusqu’au printemps 2004. Elle se déroulera dans des groupes de travail sur les différents aspects de la réforme. Selon Marc Blondel, Jean-François Mattei a évoqué la tenue d’une « négociation » avec les partenaires sociaux dans la phase finale.
Le projet de réforme lui-même sera présenté à l’automne 2004 au Parlement, en même temps que le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) 2005, a confirmé Jean-François Mattei dans un communiqué.
Le ministre de la Santé a souhaité « un dialogue très ouvert afin de trouver, avec l’ensemble des partenaires, les adaptations nécessaires à notre système de santé ».
« Ces adaptations doivent garantir les valeurs fondatrices de notre Sécurité sociale », a ajouté M. Mattei. Il a réaffirmé qu’il n’y aurait « ni privatisation, ni étatisation de notre système auquel chaque Français et le gouvernement sont très attachés ». Conscient du caractère explosif de la réforme, le gouvernement prend soin de ne pas braquer les syndicats avec des mesures brutales comme les déremboursements de médicaments, malgré le déficit abyssal de la « Sécu ».
Premiers reçus avenue de Ségur, les syndicats CFDT et FO ont approuvé cette méthode de travail. « Il est inutile de se précipiter. Une réforme faite à la va-vite sur des problèmes structurels risquerait d’être dangereuse », a déclaré François Chérèque.
Le secrétaire général de la CFDT, dont la confédération dirige la caisse nationale d’assurance maladie, a plaidé pour un « égal accès aux soins » en permettant à chaque assuré social d’avoir une mutuelle, une révision de l’organisation des soins entre la ville et l’hôpital et une « meilleure maîtrise des dépenses pour mieux soigner et mieux rembourser ». Il a proposé que les mutuelles soient associées aux partenaires sociaux dans la gestion des caisses de Sécurité sociale.
François Chérèque a approuvé par ailleurs l’idée du gouvernement de créer un « cinquième risque » au sein de la Sécurité sociale (en plus de la maladie, de la vieillesse, de la famille et des accidents du travail) pour financer les dépenses liées aux personnes âgées dépendantes. La CFDT souhaite que cette future branche dépendance soit financée par une hausse de la Cotisation sociale généralisée (CSG), qui est prélevée sur tous les revenus.
« Le gouvernement n’a pas le choix. Comme il ne veut pas avoir de réactions brutales, il prend son temps », a observé de son côté Marc Blondel. Il a affirmé que M. Mattei lui avait dit que l’objectif du gouvernement était de « retrouver l’équilibre » de la Sécurité sociale à la fin du mandat de Jacques Chirac en 2007.
« Pour la solution, c’est autre chose. C’est à ce moment-là qu’il y aura certainement des confrontations et des désaccords », a ajouté le secrétaire général de FO, « pas dupe » des intentions du gouvernement.
Après la CFDT et FO, Jean-François Mattei a reçu Bernard Thibault (CGT). Les rencontres se poursuivront mercredi et jeudi avec le MEDEF, la CFTC, la CGC, la CGPME et la Mutualité française.
[source – yahoo.com] AP
