L’idée avancée par le gouvernement de supprimer un jour férié pour financer l’aide aux personnes âgées séduit la droite, aussi bien à l’UMP qu’à l’UDF, et le Medef, mais crispe la gauche et laisse les experts dubitatifs.
Constituant « un des volets de la réflexion engagée » par le gouvernement, selon l’expression de son porte-parole Jean-François Copé, cette idée a continué jeudi de susciter maintes réactions, négatives chez les syndicats et très partagées dans le monde politique, et plutôt favorable dans les instances catholiques.
Alors que le nombre de jours fériés en France se situe dans une honnête moyenne (onze par an, contre seize en Espagne, douze au Royaume Uni, dix en Finlande et Belgique et Italie et sept aux Pays-Bas), les regards se sont d’abord tournés vers la renonciation à une célébration civile (11 Novembre, 8 Mai). Mais assez vite a émergé l’idée de supprimer une journée religieuse comme le lundi de Pentecôte.
Pour le cardinal Jean-Marie Lustiger, archevêque de Paris, il « n’y a pas d’objection d’ordre religieux » à une telle suppression mais le prélat a souhaité que l’Eglise soit consultée : « Le lundi de Pentecôte, de fait, ça ne pose pas de problème théologique ni religieux ».
Dans les milieux politiques, le plus enthousiaste est le président de l’UDF François Bayrou pour qui cette suppression de jour férié serait un signe de « vraie solidarité », même si elle ne pourra faire « son effet au mieux que pour le budget de l’année prochaine ». Tout aussi convaincu, le président du Medef, Ernest-Antoine Seillière juge « formidable » cette idée de régler un problème en « travaillant plus ».
Le vice-président du groupe UMP de l’Assemblée nationale, Bernard Accoyer approuve cette mesure envisagée qui est « la plus compréhensible » et de nature « à supporter la solidarité entre générations ». L’ancien Premier ministre Edouard Balladur va jusqu’à proposer la suppression de deux jours fériés, le lundi de Pentecôte et le 8 Mai.
A gauche, l’idée n’a guère de partisan. Pour le communiste Alain Bocquet, il n’est « pas question de toucher aux jours fériés ». Selon le député du Nord, « une véritable politique de solidarité intergénérationnelle passe par d’autres dispositions sérieuses », par exemple le retour sur les allègements de l’ISF.
Le PS estime que la suggestion gouvernementale n’est pas « adaptée à l’enjeu » et assure que le « seul bénéficiaire d’une telle mesure serait le Medef ».
Jean-Marie Le Pen, président du Front national, parle d' »escroquerie à la charité » : « On cherche à faire croire aux salariés qu’ils travailleront un jour de plus pour financer des aides aux personnes âgées. Mais on se garde bien de nous expliquer comment cet argent sera prélevé ».
Au delà de ces critiques, d’autres avancent des contre-propositions ironiques. Le syndicat FO-Défense suggère d’allonger la durée de l’heure, de ne fêter Noël que tous les quatre ans ou de regrouper les fêtes militaires. Alain Madelin (UMP) parle de « rideau de fumée » et de gadget.
Christophe Girard (Vert) propose de supprimer le 25 décembre, « le jour de l’année le plus utile pour la vie économique et on pourra envisager de faire travailler les enfants ».
Les économistes sont plutôt dubitatifs. A l’Observatoire français des conjonctures économiques, on craint que, « dans le contexte actuel d’économie freinée », les entreprises ne soient plus tentées de licencier que d’augmenter la production.
[source – yahoo.com] (AFP)
