Près de sept mois après la disparition de la navette Columbia et ses sept astronautes, un comité d’enquête indépendant rendra mardi un rapport dont les aspects encore inédits détailleront les faiblesses d’organisation de la Nasa qui ont mené à la catastrophe.
Le comité d’enquête sur l’accident de Columbia (CAIB) n’a pas attendu ce rapport final pour rendre publiques ses conclusions sur les causes de l’accident et les moyens de rendre la navette plus sûre, pour faire gagner du temps à l’agence spatiale en vue d’une reprise des vols.

Les 13 enquêteurs sont convaincus qu’un morceau d’isolant venu frapper l’aile gauche de Columbia durant le décollage le 16 janvier a ouvert une brèche dans le bouclier thermique, qui s’est révélée fatale lors de la rentrée dans l’atmosphère le 1er février.
Le CAIB, dirigé par l’amiral à la retraite Harold Gehman, a donc recommandé à la Nasa de prendre des mesures pour empêcher l’isolant couvrant le réservoir central de la navette de se détacher, et de placer des caméras sur la navette et au sol pour suivre le décollage en direct.
Le Pentagone devra aussi pointer régulièrement ses satellites espions vers la navette en orbite pour détecter un éventuel défaut externe.
Dans la même logique, les enquêteurs ont demandé à la Nasa une inspection systématique des panneaux de carbone qui protège le bord d’attaque des ailes de la navette, point faible qui avait permis à l’air chaud de s’engouffrer dans la structure de Columbia et de la détruire pendant sa rentrée dans l’atmosphère.
En cas d’incident supposé, les astronautes devront aussi pouvoir sortir dans l’espace pour inspecter le bouclier thermique de la navette et faire des réparations, ce qui n’était jusqu’à présent pas possible.
Une partie encore inédite du rapport de 250 pages portera sur les réformes d’organisation conseillées à la Nasa pour éviter des erreurs de jugements aux conséquences catastrophiques lors de futures missions.
Habitué des tâches ingrates pour avoir déjà conduit l’enquête sur l’attentat du destroyer USS Cole au Yémen en 2000, l’amiral Gehman estimait en mai devant une commission du Sénat que « sur le papier, la sécurité à la Nasa est parfaite, mais quand on creuse un peu, il n’y a plus rien ».
Pour mieux comprendre le processus ayant mené aux erreurs dans le cas de Columbia, les enquêteurs ont passé en revue les échanges de courriers électroniques entre ingénieurs, durant la mission, qui décrivaient les conséquences potentiellement dramatiques de l’impact d’un morceau d’isolant contre les panneaux protégeant la navette.
Les responsables de la Nasa ont assuré n’avoir jamais vu ces messages, ni entendu de mises en garde. Et ils avaient rejeté une offre du Pentagone d’utiliser ses satellites espions pour photographier la navette et détecter d’éventuels problèmes, lorsque le département de la Défense avait eu vent d’un incident au décollage.
Résultat de la compilation de 35.000 documents et de centaines d’auditions d’experts, d’anciens et d’actuels responsables de la Nasa, le rapport destiné au Congrès devrait peser sur le débat déterminant le budget de l’agence spatiale.
L’administrateur adjoint Fred Gregory, numéro deux de la Nasa, a déjà assuré que l’agence spatiale « répondra presque à la lettre aux recommandations » du comité d’enquête. Dans ce but, elle a créé un autre comité, dont elle a choisi tous les membres, pour contrôler les mesures prises en vue de la reprise des vols.
Mais le CAIB, dans l’une de ses dernières recommandations, pourrait demander la mise en place d’une structure pour juger des progrès de la Nasa en toute indépendance, une requête qui aurait l’oreille du Congrès.
[source – yahoo.com] (AFP)
