La perte d’un joint reliant les tuiles du bord d’attaque de l’aile gauche de la navette Columbia, causée par l’impact d’un débris au décollage, est probablement à l’origine de la catastrophe qui a coûté la vie à sept astronautes, selon les premières conclusions de la commission d’enquête, rendues publiques mardi.
Après trois mois de travaux intensifs, l’amiral en retraite Hal Gehman, président du Conseil d’enquête sur l’accident de Columbia (CAIB), a affirmé que les enquêteurs étaient parvenus dans les dix derniers jours à des « conclusions préliminaires » pointant vers le scénario d’un échauffement anormal lors du retour de la navette sur Terre le 1er février.

« Nous en savons suffisamment désormais pour nous concentrer sur ce scénario de travail », a déclaré l’amiral Gehman, lors d’une conférence de presse retransmise depuis Houston (Texas).
Le joint en question aurait été endommagé 81 secondes après le décollage de Columbia, le 16 janvier, par l’impact provoqué par un morceau de mousse isolante qui s’est détaché du réservoir externe, a-t-il expliqué.
Or, deux jours après cet incident, alors que Columbia se trouvait sur orbite, des radars du Commandement spatial américain (NORAD) ont repéré un petit objet se détachant de la navette.
« L’objet est resté près du vaisseau pendant deux jours et demi, avant de rentrer dans l’atmosphère », a-t-il précisé.
Les tests effectués pour tenter d’identifier cet objet, grâce à sa masse et à sa taille supposées, ont montré qu’il correspondait à un joint (dit « joint-T ») utilisé pour lier les tuiles thermoprotectrices sur le bord d’attaque des ailes.
Solidement attachées à la structure de l’aile, ces tuiles en alliage graphite composite (carbone-carbone renforcé ou RCC) sont ultra-résistantes à la chaleur et peuvent subir des températures pouvant aller jusqu’à 1.650 degrés Celsius.
Elles sont reliées par ces fameux joints-T, eux aussi fabriqués en RCC. Ces joints en forme d’arceau ont la particularité de ne pas être fixes mais d’être « flottants », ce qui leur permet d’accommoder l’expansion et la contraction des alliages composites en fonction des températures et des déformations de l’aile.
En pénétrant dans l’atmosphère à plus de 27.000 km/h, la navette s’échauffe considérablement à la faveur de la friction de l’air. Les températures sur le nez et le bord d’attaque des ailes peuvent alors atteindre plus de 1.300 degrés.
Or, après l’incident au décollage, le joint-T manquant ou endommagé sur l’aile gauche aurait laissé à nu la structure interne de l’aile, ce qui aurait permis aux gaz chauds d’y pénétrer lors de la rentrée fatidique de Columbia dans l’atmosphère.
« Il y avait une brèche (dans l’aile) et les hautes températures ont commencé à chauffer un longeron et les faisceaux de câbles », a affirmé le responsable de l’enquête.
Or, la structure interne de l’aile, en aluminium, n’est pas conçue pour résister à des températures de plus de 350 degrés Celsius.
Sous l’effet de l’intense chaleur, « l’aile a commencé à se déformer », perdant son intégrité structurelle, et la navette s’est désintégrée, a décrit l’amiral Gehman.
Ce scénario est compatible avec les mesures télémétriques effectués par les capteurs dans l’aile gauche de Columbia et révélant un échauffement anormal dans l’aile gauche environ huit minutes avant la désintégration.
L’enquête n’est pas terminée. La commission, a ajouté l’amiral Gehman, va se pencher sur les procédures de la Nasa qui a continué à lancer ses navettes, alors que plusieurs incidents impliquant des débris de mousse au décollage étaient déjà survenus lors de précédents lancements.
Il s’est refusé à indiquer une possible date pour la reprise des vols, ajoutant que la commission transmettrait au préalable à la Nasa « une vaste série de recommandations ».
[source – yahoo.com] (AFP)
