Irak: Washington veut maintenir la pression sur la France

Après des mois de brouille sur le dossier irakien, les Etats-Unis paraissent déterminés à maintenir la pression sur la France, menacée d’être « punie » pour son opposition à Washington, alors que de délicates négociations s’engagent à nouveau à l’Onu.

Washington estime visiblement que sa victoire militaire rapide sur le régime de Saddam Hussein met les Etats-Unis en position de force face à l’ancien « camp de la paix », dont Paris était le membre le plus actif.

Dans cet esprit, la Maison Blanche a a fait preuve de réserve mercredi face à la proposition française, la veille, de suspendre immédiatement les sanctions de l’Onu contre l’Irak, un geste pourtant interprété par de nombreux commentateurs américains comme un signe de bonne volonté de la part de Paris.

« Les sanctions doivent être levées et non pas suspendues », a répliqué le porte-parole de la présidence américaine, Ari Fleischer.

Le secrétaire d’Etat Colin Powell a pour sa part affirmé mardi soir sur une chaîne de télévision américaine que Paris devrait subir les conséquences de son opposition opiniâtre à une guerre sans l’aval de l’Onu.

« Nous devons regarder tous les aspects de notre relations avec la France à la lumière de cela », a déclaré le chef de la diplomatie américaine.

M. Powell devait appeler mercredi son homologue français Dominique de Villepin pour l’informer des intentions américaines, sans toutefois annoncer de mesures précises, a indiqué le département d’Etat.

« Il veut parler à M. de Villepin en général, sur ce qui est envisagé et ce qui ne l’est pas », a déclaré un responsable du département d’Etat, ajoutant que « c’est davantage un entretien de courtoisie afin de ne pas laisser les Français dans l’expectative après l’interview » de M. Powell mardi soir.


Le fait que M. Powell, réputé favorable à un apaisement avec les Européens après les vives tensions provoquées par le conflit en Irak, accepte désormais l’idée de sanctions, fait suite à d’intenses pressions de la part des « faucons » de l’administration au cours des derniers jours pour que la France soit « punie ».

Cette idée a été notamment appuyée par le secrétaire adjoint à la Défense, Paul Wolfowitz, avant d’être reprise par le cabinet du puissant vice-président Dick Cheney.

Cette prise de position de M. Powell survient aussi alors que les influents cercles conservateurs américains ont lancé une vaste offensive pour critiquer la politique de M. Powell sur de nombreux dossiers, en particulier le Proche-Orient.

Le département d’Etat est également engagé dans une véritable guerre de tranchées face au Pentagone sur d’innombrables questions comme la Corée du Nord, la reconstruction de l’Irak ou les relations avec les pays européens.

Les déclarations de M. Powell traduisent toutefois un sentiment largement partagé dans l’administration américaine, relève Simon Serfaty, du Center for Strategic and International Studies (CSIS) à Washington.

Les propos du secrétaire d’Etat « sont peut être liées à des tensions au sein du gouvernement », mais « l’administration dans son ensemble est encore sous le coup de l’opposition du gouvernement français et M. Powell parlait pour lui-même mais aussi pour le président George W. Bush », estime-t-il.

Selon des sources américaines, les sanctions contre Paris pourraient se traduire par un recours plus fréquent aux structures militaires de l’Otan où la France ne siège pas pour des décisions au sein de l’Alliance.

Washington pourrait aussi refuser d’inviter Paris à des forums ou des rencontres avec des pays européens, ou encore marginaliser la France dans les contrats de reconstruction de l’Irak.

[source – yahoo.com] AFP