Washington et Londres veulent lancer un ultimatum à Bagdad

Washington, Londres et Madrid ont présenté un projet de résolution laissant à l’Irak jusqu’au 17 mars pour se conformer aux exigences de l’Onu sur son désarmement sous peine de subir une guerre, mais cette proposition s’est heurtée à une forte opposition au sein du Conseil de sécurité de l’Onu.

Le chef de la diplomatie britannique Jack Straw a annoncé la teneur de ce nouveau projet de résolution lors d’une réunion tendue au Conseil.

L’ambassadeur américain à l’Onu, John Negroponte, a précisé que les Etats-Unis avaient demandé aux 14 autres membres du Conseil de sécurité se tenir prêts à voter sur ce projet de résolution « à partir de mardi ».

« L’Irak n’aura pas saisi la dernière occasion (de se mettre en conformité avec les obligations relatives à son désarmement) sauf si le 17 mars 2003, ou avant, le Conseil conclut que l’Irak a fait preuve d’une coopération totale, inconditionnelle, immédiate et active avec les obligations relatives à son désarmement », peut-on lire dans le projet de résolution.

La France, qui, en tant que membre permanent du Conseil a un droit de veto sur le vote des résolutions, a rejeté le principe de cet ultimatum quelques minutes après le discours de Straw. Dominique de Villepin, chef de la diplomatie française, a déclaré: « C’est une logique de guerre. Nous n’acceptons pas cette logique. »

Son homologue allemand Joschka Fisher l’a également rejeté, estimant qu’il s’agit d’un « ultimatum qui conduit immédiatement à la guerre ». Un peu plus tard, c’est le Chili, autre membre non permanent, qui s’y est dit opposé.

« NON-SENS »

Les Etats-Unis et leurs alliés ont massé plus de 300.000 hommes appuyés par plus de 500 avions et des dizaines de bâtiments de guerre dans le Golfe prêts à intervenir en Irak pour renverser le président irakien Saddam Hussein et son gouvernement.

Jeudi soir, lors d’une conférence de presse, le président américain George W. Bush a dit qu’il ferait pression pour qu’une nouvelle résolution soit votée, et ce même si elle a toutes les chances de ne pas être adoptée. Mais il a souligné qu’il partirait en guerre avec ou sans le soutien de l’Onu pour remplir ce qu’il considère comme un devoir de protection à l’égard des Américains face aux armes de destruction massive irakienne.


Déclarer une guerre sans le soutien de la communauté internationale donnerait à n’en douter des arguments à l’important mouvement anti-guerre qui s’est constitué dans le monde, intensifierait l’antiaméricanisme et ébranlerait probablement la popularité d’alliés clés de Washington, à commencer par le Premier ministre britannique Tony Blair.

Le projet de résolution intime à l’Irak de dévoiler aux inspecteurs de l’Onu « toutes les armes, livraisons, systèmes de soutien et structures interdits » par les différentes résolutions ainsi que toutes « les informations relatives à la destruction de ces éléments ».

Mohamed Aldouri, ambassadeur de l’Irak auprès de l’Onu, a qualifié ce projet de « non-sens ». « Donc, ils ne nous donneront que dix jours pour donner tout ce que nous avons? Nous devons creuser tout notre désert? Vraiment, c’est un non-sens. Nous faisons de notre mieux. Nous ne pouvons faire plus », a-t-il déclaré.

« NON-COOPERATION »

Pour être adoptée, la résolution doit être votée par neuf des 15 membres du Conseil de sécurité, sans qu’aucun membre permanent n’oppose son veto. Outre la France, la Russie et la Chine se sont dites opposées à ce stade à une guerre et pourraient donc tuer cette résolution avec leur veto.

« La France ne laissera pas passer une résolution qui autoriserait le recours à la force », a déclaré Villepin devant le Conseil.

Actuellement, les Etats-Unis n’ont dans leur camp que Londres, Madrid et Sofia. Lors des discours de vendredi, aucun des six « indécis » du Conseil n’a rejoint la ligne dure prônée par Washington. Au contraire, le Chili et le Pakistan ont semblé basculer dans le « front du refus ».

Hans Blix, directeur de la Commission de contrôle, de vérification et d’inspection des Nations unies (Unmovic), a peint un tableau contrasté de la situation, à même d’alimenter les convictions des deux camps.

Tout en reprochant à l’Irak de ne s’être pas encore conformé pleinement à la résolution 1441, Blix a souligné que Bagdad avait sensiblement accru sa coopération ces dernières semaines.


Dans ce rapport couvrant trois mois d’inspections, Blix a souligné que le processus de vérification prendrait des mois, même avec une coopération active de l’Irak.

Colin Powell, secrétaire d’Etat américain, a parlé de « non-coopération » de la part de Bagdad, en refusant de considérer les « petites mesures » prises par Bagdad comme de vraies initiatives.

Il a ultérieurement estimé sur la chaîne de télévision ABC qu’il disposait de plus d’informations que les inspecteurs.

« Ils effectuent un travail assez efficace étant donné ce qu’ils sont capables de faire, et ils ne sont capables de faire que ce que les Irakiens les laissent vraiment faire », a-t-il dit. « Je pense que j’ai de meilleures informations que les inspecteurs. Je pense que j’ai plus d’éléments disponibles que les inspecteurs », a ajouté Powell en référence aux services de renseignement américains.

Villepin a au contraire souligné « les progrès » du désarmement irakien, preuve à ses yeux du bien-fondé de la voie choisie au travers des inspections. Il a en outre proposé une réunion des chefs d’Etat et de gouvernement au Conseil de sécurité de l’Onu.

De son côté, le directeur général de l’Agence internationale à l’énergie atomique (AIEA), Mohamed ElBaradei, a notamment déclaré au Conseil que des documents américains et britanniques affirmant que l’Irak avait importé illégalement de l’uranium du Niger n’étaient pas authentiques.

[source – yahoo.com]