UN PREMIER ministre qui défend mercredi soir dans l’hémicycle la loi de modernisation des institutions de la Ve République devant… une trentaine de députés (sur cinq cent soixante-dix-sept).
Un texte sur les OGM rejeté, la semaine précédente, parce qu’il n’y a pas suffisamment de députés de la majorité présents !
Ainsi va la vie parlementaire française : aucun instrument ne permet de mesurer l’absentéisme des élus, mais celui-ci saute régulièrement aux yeux.
Quand il n’explose pas au nez des responsables politiques.
«Un hémicycle avec quinze députés, c’est indéfendable devant les Français», lâche Jean-Luc Warsmann, député UMP des Ardennes et rapporteur de la loi sur les institutions.
Au groupe UMP (trois cent treize députés), on assure ne «jamais voir» un quart des élus.
Au PS, on admet du bout des lèvres que certains députés «sont sur des rotations longues».
En clair : ils ne daignent que très rarement mettre les pieds au Palais-Bourbon.
« En réunion de groupe, le mardi matin, sur deux cent cinq députés, on est entre cinquante et cent», témoigne Sandrine Mazetier, députée PS de Paris. »
Les commissions, lieu où s’effectue l’essentiel du travail législatif préparatoire, ne sont pas davantage fréquentées.
L’UMP Pierre Méhaignerie, président de la commission des Affaires sociales, a récemment regretté de ne jamais voir… un tiers de ses membres.
La vie parlementaire est concentrée sur deux journées : elle démarre le mardi à 11 h 30 avec les réunions de groupe, pour se terminer le mercredi à 16 heures.
Les élus de province repartent alors, valise à roulettes en main, vers les gares et aéroports.
La résidence Saint-Dominique (VII e arrondissement), où dorment une partie des élus de province, affiche un taux de remplissage de 100 % le mardi soir. Qui retombe à 60-70 % le mercredi soir. Et qui n’est que de 2 % les autres jours de la semaine.
Durant ces deux journées, « les députés sont submergés, avec souvent trois ou quatre réunions en même temps, témoigne l’un d’entre eux : entre les commissions, les groupes politiques, d’études ou d’amitié, c’est infernal. Et cela désorganise le travail parlementaire ».
Seule la tranche 15 heures- 16 heures du mercredi est «sanctuarisée»(*), la plupart des élus se faisant un devoir d’assister à la séance des questions d’actualité, retransmise à la télévision.
Pour le député de l’Aisne (apparenté PS) René Dosière, l’absentéisme est « lié au cumul des mandats. Sur cinq cent soixante-dix-sept députés, seuls soixante-seize n’ont pas d’autre mandat.
Quand vous êtes maire ou président d’un exécutif, il y a des obligations auxquelles vous ne pouvez vous soustraire ».
Pour son collègue UMP de la Drôme Hervé Mariton, « certains ont simplement du mal à entrer dans le jeu du travail parlementaire. Ils décrochent ».
Fanch
