Comment Universal profite de la crise

«Nous ne disons au revoir qu’avec des mots/je suis morte une centaine de fois/tu reviens vers elle/et je reviens vers le noir», chante Amy Winehouse dans l’une de ses chansons les plus optimistes (back to black).

Cela sonne comme une épitaphe pour l’industrie de la musique, morte au champ d’honneur de la révolution numérique.

Amy la tatouée, avec ses chansons qui sentent fort l’alcool et la drogue, symbolise aussi l’insolente suprématie d’Universal Music sur le marché britannique de la musique.

La firme se paye le luxe de venir narguer sur son terrain l’un de ses principaux concurrents, la mythique maison EMI, qui affronte la rébellion de ses artistes et annonce le licenciement d’un tiers de ses effectifs.

Avec une part de marché qui dépasse les 30 % dans la plupart des grands pays (sauf le Japon), Universal semble ignorer la crise qui secoue le secteur.

Partout, le marché des ventes de disques s’affiche en baisse de 10 % à 20 % quand les revenus d’Universal Music sont, eux, d’une stabilité remarquable, autour de cinq milliards d’euros ainsi que sa marge opérationnelle, autour de 12 %.

La première explication à ce phénomène est simple : la major touche la prime accordée au leader.

Pour accepter de gagner de l’argent sur 20 % des artistes, il faut accepter d’en perdre sur les autres, ne serait-ce que pour faire émerger les talents de demain ainsi que les nouveaux styles musicaux.

Ensuite, ce métier nécessite une grosse logistique, du moins dans sa version physique, les ventes de disques, qui représentent encore plus de 80 % des recettes.

Enfin la taille donne un pouvoir de négociation non négligeable, pas seulement pour attirer des artistes, mais surtout pour gérer l’aval : hier les disquaires, demain l’Internet avec son casse-tête sur les droits d’auteur et la lutte contre le piratage.

D’abord exploiter au maximum le gisement de la diffusion des musiques enregistrées, que ce soit à la radio, dans les lieux publics ou sur Internet.

Une stratégie taillée sur mesure pour une entreprise en forte domination.

Elle reste néanmoins menacée par les aléas règlementaires autour de la répression du piratage et la capacité de l’entreprise à faire respecter ses droits.

Fanch