On croyait que l’élection présidentielle de 2007 se jouerait au centre mais le champ de bataille s’est brusquement déporté.
La vigueur avec laquelle Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal se sont emparés du thème de l’identité nationale, la volonté qu’ils affichent de réintégrer cette valeur dans le patrimoine de leurs familles politiques respectives montrent que l’adversaire a changé de nature.
Non, l’adversaire cette fois est le Front national qu’il faut vider de sa substance en récupérant les thématiques que la droite et la gauche lui ont malencontreusement abandonnées.
Tel est du moins le chant d’espoir qu’entonnent les candidats de l’UMP et du PS pour justifier leur reconquête qui manque pour le moins de nuances.
Nicolas Sarkozy a été le premier à mener l’offensive en préconisant la création d’un grand ministère de l’immigration et de l’identité nationale.
Le rapprochement des deux termes a choqué parce qu’il introduisait un lien direct entre l’immigration et la crise d’identité que traverse le pays.
C’est exactement le raisonnement que tient le Front national depuis des années.
Face au trouble de certains de ses supporteurs « Simone Veil, notamment », le candidat a été tenté de corriger le tir, mais il a vu que les enquêtes d’opinion lui donnaient raison.
Contrairement à son adversaire, Ségolène Royal n’a pas fait d’amalgame entre l’immigration et la crise identitaire française, qualifiant au contraire ce rapprochement «d’insupportable».
C’est par le biais des symboles républicains « le drapeau tricolore, «La Marseillaise» » que la candidate socialiste a tenté de réintroduire le thème de la nation dans le patrimoine de la gauche.
A la fin de ses meetings, Ségolène Royal fait entonner par ses supporteurs l’hymne de Rouget de Lisle, auquel elle redonne des couleurs révolutionnaires en rappelant que «c’était le chant de la lutte contre toutes les tyrannies».
Quant au drapeau bleu blanc rouge, Ségolène Royal souhaite que chaque Français en possède un «comme dans d’autres pays où les drapeaux sont sortis aux fenêtres les jours de fête nationale».
Cet amour proclamé de la patrie ne surprend pas venant d’une candidate qui n’a jamais dissimulé son admiration pour Jeanne d’Arc et son désir d’extirper la bergère de Domrémy des bras de l’extrême droite.
Il n’en a pas moins semé le trouble à gauche.
Et pas seulement dans les rangs internationalistes de l’extrême gauche.
Beaucoup, au PS, jugent que l’offensive de leur candidate manque singulièrement de nuance au moment où l’Europe en berne célèbre son cinquantenaire.
Que penseraient donc les Français si l’Allemagne réunifiée d’Angela Merkel se mettait à agiter frénétiquement le drapeau allemand?
Elle pèse encore lourdement dans cette campagne de 2007 qui met directement en scène, à la télévision, le désarroi des Français venus interpeller les candidats.
La quête d’une nouvelle synthèse est une impérieuse nécessité au moment où la crise, en réalité, ne touche pas une identité mais deux : la française et l’européenne, plaçant l’Hexagone dans la situation d’une toute petite chose dans le désordre mondial.
Fanch
