Il’y a ceux qui, comme Francis Kramarz, chercheur au Centre de recherche en économie et statistique (Crest), « ne veulent même pas les regarder, ces chiffrages… ».
D’autres, comme Christian de Boissieu, professeur à l’université Paris-I, estiment qu’il « est légitime de se poser la question des coûts budgétaire et fiscal d’un programme électoral », mais ajoute-t-il, « c’est un exercice extrêmement périlleux ».
Une prudence qui se traduira lors de la sortie imminente d’un nouveau rapport du Conseil d’analyse économique (CAE) « dont il est le président » , intitulé « Economie politique de la LOLF » : M. de Boissieu et Jean-Hervé Lorenzi (tous deux parmi les auteurs du rapport) lanceront alors un appel solennel à une réforme de l’Etat, indispensable à leurs yeux pour dégager les marges de manoeuvre budgétaire nécessaires à l’action politique.
Nous ne souhaitons pas polémiquer sur le chiffrage, mais nous voulons signifier qu’il est temps de s’attaquer aux véritables problèmes, explique M. Lorenzi, par ailleurs président du Cercle des économistes.
Pour montrer que cette réalité transcende les clivages, notre appel devrait être signé par l’ancien ministre du budget, Alain Lambert (UMP), et Didier Migaud (PS), conseiller budgétaire de Ségolène Royal. »
En revanche, pour certains, la coupe est pleine.
Xavier Timbeau, directeur du département analyse et prévision de l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), devrait lancer une pétition sur le thème « Arrêtons le chiffrage », après avoir vu la « tournure des événements ».
« Des experts nous abreuvent de chiffres pour soi-disant éclairer les citoyens, mais leurs calculs ne correspondent pas à la réalité et escamotent entièrement le débat politique », explique l’économiste, soutenu par beaucoup de ses pairs.
En réalité, quelle que soit la manière dont la critique est exprimée, le diagnostic est le même : le chiffrage est un exercice insatisfaisant.
« Et il ne faut pas être docteur en économie pour le percevoir, note Eric Heyer, adjoint de Xavier Timbeau à l’OFCE.
Des mesures peu coûteuses mais totalement inadaptées au contexte français?
Ou des dispositifs qui coûtent cher mais qui seront efficaces ? »
Deux points sont particulièrement mis en avant.
D’abord la nécessité de prendre les chiffres avancés pour ce qu’ils sont, c’est-à-dire de simples données budgétaires, qui ne prennent pas en compte les conséquences économiques des mesures.
« On peut toujours calculer l’impact d’une baisse des charges sur un smic à 1 500 euros, confirme M. Heyer.
Ou d’une revalorisation de 5 % du minimum vieillesse.
Mais, comment évaluer les effets ex-post ? »
« Prenez la baisse de 4 points de prélèvements obligatoires (PO) évalués à 68 milliards d’euros par l’UMP, analyse M. Timbeau.
Si l’on penche du côté des libéraux, cette baisse devrait se traduire par de nouvelles marges de manoeuvre pour les entreprises, rendues alors aptes à renforcer leur budget d’innovation, dégageant par conséquent de nouveaux gains de productivité, et contribuant donc à une plus forte croissance et à des rentrées fiscales.
Fanch
