Powell va tenter de persuader un auditoire onusien rétif

Dans sa présentation très attendue au conseil de Sécurité des Nations unies, le secrétaire d’Etat américain Colin Powell va tenter, photographies prises par satellites et conversations enregistrées à l’appui, de convaincre un monde sceptique que l’Irak dissimule des armes de destruction massive et qu’une guerre pourrait être nécessaire pour le désarmer.

L’exposé « multimédias » que doit présenter le chef de la diplomatie américaine à partir de 15h30 GMT pourrait être la dernière occasion – et peut-être la meilleure – de convaincre ses principaux alliés, et notamment la France, la Chine et la Russie, ainsi que les opinions publiques mondiales, que l’Irak constitue un danger précis et immédiat.

La partie risque d’être rude. La Russie, la Chine et la France – qui disposent d’un droit de veto – mais aussi la majorité des 15 membres du Conseil de sécurité, sont réticents face à une guerre qui risque de déclencher de nouveaux attentats terroristes et des soulèvements de populations dans tout le Proche-Orient.

Bien qu’aucun des 15 membres du Conseil de sécurité n’estime que l’Irak a offert son entière coopération aux inspecteurs en désarmement de l’Onu, plusieurs estiment que ces spécialistes, qui ne sont sur le terrain que depuis deux mois, méritent davantage de temps.

Une opinion en contradiction avec celle du président des Etats-Unis qui estime que Bagdad n’a plus que des semaines, et non des mois, pour se conformer à la volonté des Nations unies et abandonner les armes de destruction massive – nucléaires, biologiques ou chimiques – que le pays détiendrait, sous peine de devoir faire face à une guerre.

Dans sa première interview depuis dix ans diffusée mardi sur une chaîne privée britannique, Saddam Hussein a démenti que l’Irak soit en possession d’armes de destruction prohibées.

Pour tenter de convaincre un auditoire rétif, Powell s’appuiera sur un matériel varié. Selon des responsables de l’administration Bush, la présentation de Powell s’appuiera sur « des photographies, des transcriptions et autres informations que nous avons de sources solides ».

DEPLOIEMENT D’AVIONS FURTIFS

« Le but est d’étayer les déclarations déjà faites par les inspecteurs pour montrer comment les Irakiens dissimulent les preuves, cachent des armes et en fait maintiennent leurs programmes d’armement, même pendant que les inspections ont lieu », a ajouté le responsable américain, qui a requis l’anonymat.


Montrant sa volonté d’en découdre, l’armée américaine a poursuivi ses préparatifs mardi, alors que le Pentagone déployait des avions furtifs F-117A, utilisés pour bombarder Bagdad durant la guerre du Golfe en 1991, tandis que le porte-avions USS Theodore Roosevelt appareillait pour le Golfe.

Autre signe que la région se prépare à la guerre, le Koweït a annoncé la fermeture de sa région Nord, frontalière de l’Irak, à partir du 15 février pour permettre à son armée de s’entraîner en vue d’une éventuelle agression.

Avec à ses côtés, le directeur de l’Agence centrale de renseignements (CIA) George Tenet, Powell, indique-t-on, abordera les programmes d’armement de l’Irak, ses efforts pour les dissimuler et ses liens avec des groupes « terroristes », notamment avec Al Qaïda.

Le réseau animé par Oussama Ben Laden étant considéré comme l’instigateur des attentats du 11 septembre 2001 contre New York et Washington, l’établissement d’un lien convaincant avec le gouvernement irakien « arrangerait » les Etats-Unis. Il pourrait faire pencher les alliés des Etats-Unis et l’opinion internationale du côté de la position américaine.

Mais, pour l’heure, aucun lien probant n’a pu être établi tandis que des responsables américains ont souligné que les renseignements que possèdent les Etats-Unis sur les liens présumés entre Al Qaïda et l’Irak sont parcellaires et sujets à interprétation et ne constitueront qu’une petite partie du discours de Colin Powell.

A la place, indiquent les responsables américains, Powell se concentrera sur ce que les Etats-Unis considèrent comme des tentatives de l’Irak de dissimulation des armes de destruction massive et de tromperie des inspecteurs.

« IL EST MINUIT MOINS CINQ »

Powell a déjà fait savoir qu’il ne présenterait pas de preuves irréfutables, mais l’administration Bush n’en espère pas moins qu’il réussira à faire pencher l’opinion publique en sa faveur, comme en 1962 quand l’ambassadeur américain de l’époque Adlai Stevenson avait produit les photographies aériennes des missiles soviétiques aux Nations unies lors de la crise des missiles de Cuba.


C’est en fonction des preuves présentées par Powell et de la portée de son discours, que la France, la Russie et la Chine – qui disposent du droit de veto au Conseil – devront décider ou non de soutenir le vote d’une nouvelle résolution autorisant l’usage de la force – et conférant de ce fait une légitimité internationale à une intervention militaire américaine contre l’Irak.

A la veille de la prestation de Powell, la France, dans le camp des sceptiques, semblait camper sur ses positions.

Jacques Chirac a ainsi estimé mardi à l’issue du 25e sommet franco-britannique au Touquet qu’il restait « encore beaucoup à faire sur le plan du désarmement par les moyens pacifiques ».

« Nous ne prendrons position qu’au terme d’une période où nous estimerions que plus rien ne peut être fait. Nous en sommes bien loin », a souligné le président français lors d’une conférence de presse commune avec le Premier ministre britannique Tony Blair.

Seul membre permanent du Conseil de sécurité à soutenir pleinement la position américaine, le Royaume-Uni a semblé préparer le terrain à Powell. Dans une tribune au Times, le secrétaire britannique au Foreign Office Jack Straw a estimé qu’il était vain de demander plus de temps pour les inspecteurs en désarmement en Irak, Bagdad étant selon lui en « violation patente » de la résolution 1441 sur le désarmement irakien.

Le chef des inspecteurs de l’Onu, Hans Blix, a pour sa part estimé mardi que Bagdad devait montrer de façon urgente sa coopération avec les inspecteurs – il doit se rendre à Bagdad ce week-end – en soulignant qu’il était « minuit moins cinq ».

Blix a toutefois contesté les affirmations selon lesquelles l’Irak essayerait de tromper les inspecteurs sous leur nez en déplaçant des équipements avant l’arrivée de ses équipes.

Blix et son collègue Mohammed ElBaradeï, en charge du volet nucléaire des inspections, se rendront à Bagdad samedi et dimanche à l’invitation de l’Irak pour présenter un nouveau rapport au Conseil de sécurtié le 14 février, peut-être pour la dernière fois avant une intervention américaine.

[source – yahoo.com]