Bruxelles sous le feu des critiques pour sa nouvelle réforme du sucre

Bruxelles sous le feu des critiques pour sa nouvelle réforme du sucre

La Commission européenne a essuyé le feu des critiques des professionnels du sucre, de ses partenaires des pays ACP (Afrique, Caraïbes, Pacifique) et des défenseurs des pays pauvres après l’adoption mercredi de son nouveau projet de réforme européenne du secteur.

La proposition durcit les réductions de prix proposées dès l’an dernier. Elle ne fixe plus en revanche d’objectif chiffré pour la réduction des exportations subventionnées, malgré la condamnation de l’UE fin avril par l’Organisation mondiale du commerce (OMC) pour le dépassement de ses quotas.

La Commission a mis en avant l’urgence de son initiative et émis l’espoir d’un accord des ministres de l’Agriculture des 25 d’ici à novembre, à temps pour la prochaine conférence ministérielle de l’OMC le mois suivant à Hong Kong.

Mariann Fischer Boel, le 20 juin 2005
Mariann Fischer Boel, le 20 juin 2005

« Nous devons agir maintenant. Le système actuel ne peut continuer », a déclaré la commissaire européenne à l’Agriculture Mariann Fischer Boel, défendant une « vraie réforme… fondée sur des bases économiques saines ».

Avec un maintien du système actuel de subventions européennes, « même les industries les plus compétitives dans les meilleures zones de production sucrière d’Europe vont affronter de graves difficultés, alors que les moins compétitives devront très bientôt se battre pour survivre », a-t-elle estimé.

Dans les grandes lignes, Mariann Fischer Boel conserve le cap de la réduction de prix tracé par son prédécesseur, Franz Fischler, dans un premier projet mis sur la table en juillet 2004.

Elle propose une baisse de 39% sur deux ans à partir de 2007 pour le sucre (à 385,5 euros par tonne), et de 42,6% pour la betterave (à 25,05 euros/t), là où M. Fischler ne prévoyait que 33% et 37% de baisse.

Son projet vise aussi à diminuer la production et prévoit de compenser à hauteur de 60% les baisses de prix. Mais il ne mentionne plus l’objectif d’une production européenne ramenée de 17,4 millions de tonnes actuellement, à 14,6 millions en 2008-2009.

Le texte prévoit un plan de restructuration de quatre ans sur la base du volontariat. « A la place d’un bâton, nous offrons une carotte », a affirmé Mme Fischer Boel. La France, principale productrice européenne avec l’Allemagne, exigeait un tel volontariat.

Ce plan sera financé par une cotisation sur les quotas d’édulcorant. Des aides dégressives de 730 euros/t la première année, 625 la deuxième, 520 la troisième et 420 la dernière seront versées aux usines qui fermeront boutique.

Une partie des fonds ira aussi aux betteraviers. Leur Confédération européenne (CIBE) a néanmoins appelé les ministres des 25 à s’opposer à un projet qu’ils accusent de mener à « la disparition de plusieurs centaines de milliers d’exploitations agricoles betteravières familiales d’Europe ».

Les 40 millions d’euros d’aides annoncés pour 2006 par le commissaire au Développement Louis Michel, afin de compenser l’impact des baisses de prix sur les 18 producteurs ACP qui bénéficiaient des prix garantis européens, n’ont pas reçu meilleur accueil.

« Ce qui a été mis sur la table est trop dur et prématuré pour ce qui concerne les producteurs ACP », a estimé le secrétariat général des ACP.

« Les pays les plus pauvres ont besoin de temps et d’aide pour s’adapter à la réforme… La réduction drastique de prix sera très nuisible pour les pays africains pauvres et la réforme globale ne garantit pas de mettre un terme à la surproduction et au dumping de l’UE », a renchéri l’ONG Oxfam.

M. Michel a prévu de proroger pour « les huit années à venir » le dispositif d’aide aux ACP, mais les montants pour l’après-2006 restent en suspens, après l’échec du sommet de Bruxelles à s’entendre sur le budget communautaire 2007-2013.

« Bien sûr, si nous n’avons pas de budget, ce sera difficile », a reconnu Mme Fischer Boel.

[source – yahoo.com] (AFP)