La décision de Dominique de Villepin de recevoir aujourd’hui les partenaires sociaux à Matignon, avant son discours de politique générale prévu pour mercredi, est inhabituelle et part d’une bonne idée.
Elle montre que le tout nouveau Premier ministre veut aller vite et souhaite entendre les propositions que les uns et les autres ont à faire sur l’emploi. Tant mieux ! Mais la vraie question est de savoir ce qu’il fera de ces entretiens. Et, sur ce point, il faut espérer que l’écoute ne soit pas telle qu’elle débouche sur de la paralysie qui empêcherait d’agir. C’est le risque majeur, tant il est acquis que les positions des syndicats et du patronat sont et resteront opposées, et sans doute durcies par le contexte de l’après-29 mai.
Le meilleur et le pire peuvent en réalité sortir de cette série accélérée de rendez-vous et de l’engagement du gouvernement. Le meilleur, ce serait évidemment que, sous le coup de l’électrochoc de dimanche dernier, un consensus national se dessine pour sortir la France de ce chômage de masse qui la mine depuis plus de vingt ans et, vague après vague, n’en finit pas de balayer des générations et des régions entières tout en confortant le sentiment de l’impuissance politique. Le meilleur, ce serait que cette énième promesse de faire de l’emploi la priorité de l’action publique permette de s’inspirer sans tabou de ce qui marche à l’étranger, et pas seulement dans les pays nordiques, pour mettre un peu d’Europe dans notre modèle social. Ce serait enfin que, à côté de ce qui a été essayé, l’allégement du coût du travail et le traitement social du chômage, soit tenté ce qui ne l’a pas été, la levée des freins à l’embauche et une vraie réforme du service public de l’emploi.
Pour avoir une chance d’aboutir, cela supposerait bien sûr que les syndicats et le patronat consentent de part et d’autre des concessions afin que les ajustements nécessaires ne fassent pas perdre la face à un des deux camps. Cela impliquerait aussi que des mesures simples permettent de sortir du débat et des mots piégés sur le modèle social ou libéral ou la chimère d’une remise à plat générale du Code du travail. Après tout, d’autres pays l’ont fait. Pourquoi pas nous ?
Ce rêve – « j’ai fait un rêve », pour paraphraser la célèbre formule de Martin Luther King – n’est malheureusement pas l’hypothèse la plus vraisemblable. Le patronat a peu de chances d’être imaginatif alors qu’Ernest-Antoine Seillière est sur le départ. Les syndicats, forts du message d’inquiétude sorti des urnes référendaires, seront en embuscade contre toute remise en cause des « acquis ». Le gouvernement suscite, quant à lui, le même scepticisme a priori. Hormis Dominique de Villepin, dont l’expérience sur l’emploi est davantage devant lui que derrière, les principaux décideurs sont les mêmes qu’il y a deux semaines, aux Affaires sociales comme à Bercy. Certes, Nicolas Sarkozy appuiera sans doute plutôt les propositions de Thierry Breton, tandis que Jean-Louis Borloo cherchera à convaincre Matignon de l’efficacité prochaine de son plan de cohésion sociale sur le chômage grâce à la montée en puissance de ses contrats d’avenir. Mais on ne sait pas si Jacques Chirac, dans un contexte social tendu, se contentera de cette perspective, quitte à y ajouter quelques petites mesures, ou s’il incitera le Premier ministre à oser davantage, et sans tarder. Monsieur de Villepin, surprenez-nous !
[source – lesechos.fr] DOMINIQUE SEUX
