62-38: le « non » écrase le « oui » aux Pays-Bas

Nouveau revers pour le traité constitutionnel: quatre jours après le « non » français, le « nee » hollandais l’a emporté mercredi par 62% des voix contre 38% en faveur du « oui » au référendum sur la Constitution européenne.

La question est désormais de savoir si les ratifications vont se poursuivre alors que le traité semble mort-né. Le président de la Commission européenne, José Barroso, a aussitôt appelé les Vingt-Cinq à ne pas prendre de décision prématurée et à poursuivre le processus de ratification. Jusqu’à présent, neuf pays ont ratifié le texte contre deux qui l’ont rejeté.

Le taux de participation aux Pays-Bas a atteint 62% des électeurs inscrits, alors que le gouvernement avait fixé un seuil minimal de 30% pour prendre le scrutin en compte. Le premier ministre Jan Peter Balkenende a reconnu son échec et a confirmé que le gouvernement avait l’intention de tenir compte du résultat: « Le peuple néerlandais a parlé ce soir. Le résultat est clair. Naturellement, je suis très déçu ».

Cette déception s’est exprimée dans le reste de l’Europe, de la Suède à la Hongrie en passant par Bruxelles.

« Nous avons un problème sérieux mais nous devons poursuivre notre travail », a déclaré José Manuel Barroso qui a indiqué qu’il comptait demander aux Vingt-Cinq de « clarifier » les choses quant à ce qu’il convenait de faire désormais. « Nous entendons le message envoyé par les citoyens français et néerlandais sur le projet européen et nous prendrons ceci en compte », indique un communiqué des instance dirigeantes de l’UE. Le sommet européen des 16-17 juin à Bruxelles « doit entreprendre une analyse collective approfondie de la situation », ajoute le texte.

La victoire du « non » « traduit de fortes (…) préoccupations sur le développement du projet européen », a estimé le président français Jacques Chirac. « Ce nouveau résultat négatif dans un pays fondateur de l’Union et attaché à la construction européenne traduit de fortes attentes, interrogations et préoccupations sur le développement du projet européen », ajoute-t-il. « Il conviendra de prendre le temps nécessaire pour bien analyser les conséquences (…). C’est une réflexion qui doit être engagée lors du Conseil européen », estime le président français.

Pour sa part, le chancelier allemand Gerhard Schröder regrette le choix fait par les électeurs néerlandais et met en garde contre le risque de laisser cet échec dégénérer en une « crise générale » en Europe.

La consultation néerlandaise, une quasi-première aux Pays-Bas, n’était en effet que consultative, les électeurs étant censés suggérer à leurs élus une position sur la ratification. Mais toutes les formations politiques, ainsi que le gouvernement, avaient proclamé qu’à plus de 30% de participation, ils se soumettraient au verdict des urnes. Le Parlement doit se réunir dès jeudi.

Parmi les arguments du « non » emmené par le parti populiste fondé par Pim Fortuyn assassiné par un déséquilibré, le mécontentement était dirigé à la fois contre l’euro, accusé d’être à l’origine des hausses de prix, contre la trop grande rapidité de l’élargissement vers l’Est et la perspective d’aller jusqu’à la Turquie. Ont aussi joué la méfiance envers la bureaucratie bruxelloise, et le refus de la prépondérance des « grands » pays sur les « petits », l’Allemagne et la France en particulier.

Neuf Etats membres sur 25 ont ratifié le traité constitutionnel européen jusqu’à présent, tandis que les Pays-Bas deviennent le deuxième pays à le rejeter après la France. Pour entrer en vigueur, le texte doit être ratifié à l’unanimité des Ving-Cinq. D’autres pays comme la Pologne et la Tchéquie, qui ont aussi prévu un référendum, sont susceptibles d’aboutir à une victoire du « non ».

[source – yahoo.com] AP