Le « non » plonge le pouvoir dans la tourmente

Le « non » plonge le pouvoir dans la tourmente

Le « non » massif au référendum français sur la Constitution européenne plonge le pouvoir et la majorité de droite dans la tourmente, à moins de deux ans de l’élection présidentielle.

LA FRANCE A DIT NON (lundi 30 mai 2005, 0h50)
LA FRANCE A DIT NON (lundi 30 mai 2005, 0h50)
Jacques Chirac, premier atteint par l’échec du camp du « oui » qu’il avait mené au référendum, est intervenu solennellement – fait exceptionnel – peu après l’annonce de l’ample victoire des partisans du rejet du traité constitutionnel européen pour tenter d’endiguer les premiers appels à sa démission ou à la dissolution de l’Assemblée nationale.

Prenant « acte » de la décision « souveraine » du peuple français, le chef de l’Etat a annoncé le sacrifice imminent de son « fusible », le fidèle Jean-Pierre Raffarin, Premier ministre handicapé par une impopularité record.

« Mes chers compatriotes, au cours de ce débat, vous avez également exprimé vos inquiétudes et vos attentes. J’entends y répondre en donnant une impulsion nouvelle et forte à l’action gouvernementale », a dit Jacques Chirac. « Je vous ferai part dans les tout prochains jours de mes décisions concernant le gouvernement et les priorités de son action ».

Jean-Pierre Raffarin a fait savoir un peu plus tard qu’il soutiendrait « les orientations » que Jacques Chirac « fixera » pour la France. « En ce qui me concerne, je reste fidèle au pacte de loyauté qui me lie au chef de l’Etat et je soutiendrai, avec mon expérience, les orientations qu’il fixera pour notre pays », a déclaré le Premier ministre dans un communiqué.

Favori pour la succession de Jean-Pierre Raffarin, le ministre chiraquien de l’Intérieur, Dominique de Villepin, a jugé de son côté « essentiel de mesurer les attentes et les aspirations du peuple français et de nous rassembler autour des valeurs de la République pour la défense de l’intérêt national ».

Dominique de Villepin fait depuis plusieurs mois le constat d’une France « en crise », qu’il faut faire avancer « en la rassurant », en marchant « sur deux pieds », conciliant « principe libéral » et « exigence sociale ».

Sa nomination à Matignon équivaudrait à une déclaration de guerre pour le président de l’UMP, Nicolas Sarkozy, qui redoute de voir son rival, jusqu’ici handicapé par une faible expérience politique, acquérir une image de présidentiable.


SARKOZY DEMANDE « UN TOURNANT MAJEUR »

Dimanche soir, Nicolas Sarkozy, apparu ces derniers jours comme un outsider dans la course à Matignon, a fait monter la pression sur l’Elysée.

Pour le président de l’UMP, qui ne fait pas mystère de son ambition de succéder à Jacques Chirac en 2007, le « non » des Français appelle une « remise en cause profonde » et un « tournant majeur » dans les politiques économique et sociale.

Les Français « nous pressent d’en finir avec nos immobilismes, avec nos frilosités, ou tout simplement avec nos habitudes, pour faire bouger le pays et le remettre en mouvement sans tarder », a souligné celui qui plaide pour que la droite française achève son « aggiornamento » libéral.

« Par l’ampleur de leur vote, les Français ont dit aussi leur volonté de vivre mieux, leur crainte devant un chômage devenu à leurs yeux inéluctable. Il faut rendre à notre modèle social la réalité qu’il a perdue », a-t-il insisté.

Nicolas Sarkozy a invité la droite à mettre à profit les 22 mois qui restent avant la présidentielle pour « fonder un nouvel espoir ». « Il nous faut décider d’un programme d’action innovant, courageux, ambitieux », a-t-il dit.

Le président de l’UMP a invité le gouvernement à changer de mode d’action en s’engageant désormais « sur des objectifs », en pratiquant « l’évaluation systématique » et en remettant en question « ce qui ne marche pas ou qui ne marche plus ».

Pour Nicolas Sarkozy, la « période difficile qui s’ouvre » demandera « du sang-froid, de la résolution et de l’énergie » et « exigera l’unité de toute l’UMP et le soutien au président de la République. »

Le président de l’UDF, François Bayrou, a affirmé sa volonté de peser dans le débat qui s’engage à droite sur l’orientation à donner à la dernière étape du mandat de Jacques Chirac.

Jugeant que l’annonce d’un changement de gouvernement n’était « pas à l’échelle de ce qui vient de se passer », il a demandé au chef de l’Etat de lancer un « débat national » pour « aider » la France à sortir d’une crise « gravissime ».

« Il faut tout mettre sur la table. Après un désaveu aussi brutal que celui-là, ce n’est pas de trop. Nous ne pouvons pas continuer comme cela. Ce dont nous avons besoin, c’est d’une refondation de la République et de la démocratie françaises », a-t-il dit.

[source – yahoo.com] (Reuters)