Un procédé de numérisation de documents à grande échelle, expérimenté en Alsace, ambitionne de devenir l’instrument d’une riposte européenne au pharaonique projet de l’Américain Google qui veut publier 15 millions d’ouvrages sur le net.
L’objet de cette opération peu banale, et à la logistique très lourde, est la mise en ligne, pour le compte du ministère de la Justice, des 32 millions de pages du Livre foncier d’Alsace-Moselle – une sorte de registre d’état-civil des biens immobiliers, spécificité juridique des trois départements de l’Est de la France.
Pour permettre aux notaires locaux un accès en quelques clics aux informations actuellement éparpillées dans 40.000 registres manuscrits, conservés dans une cinquantaine de localités de la région, l’Etat a fait appel à la solution proposée en partenariat avec IBM par la société luxembourgeoise Infotechnique, filiale du groupe néerlandais Getronics.
Prélevés de leurs rayonnages pour quelques jours, les registres sont d’abord numérisés dans un atelier spécialement aménagé à La Walck (Bas-Rhin) où des scanners géants, fonctionnant jour et nuit et capables de tourner automatiquement les pages des volumes, en extraient des images informatisées.
Saisie sur clavier à Madagascar
Une fois compressées, ces images sont envoyées par satellite jusqu’à un sous-traitant à Madagascar et à l’Ile Maurice, où quelque 200 opérateurs, rémunérés 100 à 400 euros par mois, saisissent au clavier les données foncières et les indexent dans des formulaires informatiques.
Infotechnique veut voir dans ce processus – prévu pour durer trois ans, et facturé plus de 20 millions d’euros au ministère de la Justice – la vitrine d’un savoir-faire qui pourrait être utile à l’Europe si elle veut se lancer dans la numérisation à grande échelle de son patrimoine culturel.
Avec une telle opération, « nous sommes crédibles pour nous positionner sur le marché de la numérisation des fonds documentaires des bibliothèques européennes », explique Daniel Velluet, le directeur général de l’entreprise.
M. Velluet fait référence à l’appel lancé début mai par la Commission européenne en faveur de « partenariats public-privé » pour créer une « bibliothèque numérique européenne », et contrer ainsi l’hégémonie américaine sur la culture en ligne après l’annonce, en décembre dernier, du projet « Google Print ».
Le propriétaire du moteur de recherche en ligne le plus utilisé au monde prévoit d’investir 150 à 200 millions de dollars en 10 ans dans la numérisation et la mise en ligne gratuite de millions d’ouvrage, issus de prestigieuses universités américaines et britannique, en se finançant par le biais des revenus publicitaires sur la Toile qu’engendrerait cette publication.
L’annonce de Google a suscité une vive réaction des responsables des bibliothèques nationales européennes, rapidement soutenus par six Etats européens (France, Pologne, Allemagne, Italie, Espagne et Hongrie) et par la présidence de l’Union européenne. Redoutant une hégémonie américaine dans le savoir mis en ligne, ils sont montés au créneau pour réclamer une réponse du Vieux Continent à ce vaste projet.
« Nous sommes prêts, nous le faisons déjà », répond M. Velluet. « Et nous proposons même mieux que Google: notre procédé est plus automatisé que le leur ».
Reste à trouver les fonds publics qui pourraient financer ce « Google Print » européen, pour l’heure encore très virtuel.
[source – yahoo.com] (AFP)
