Le Commissariat général du Plan met en garde contre la « menace » que constituerait pour les PME « un nouveau mythe » en économie, le « tout délocalisable », dans une étude publiée mardi sur « ces entreprises qui décident de rester en France ».
« On ne dit pas qu’il ne faut pas délocaliser, mais il ne faut pas tomber dans la mode du tout délocalisable », a déclaré à l’AFP le commissaire du Plan, Alain Etchegoyen, en commentant cette étude réalisée par le chargé de mission Jean-Louis Levet sur les raisons pour les PME de rester sur le territoire.

Ces entreprises doivent affronter la concurrence croissante des pays asiatiques ou sud-américains, mais « en réalité, la principale menace pour elles est dans la constitution d’un nouveau mythe, le +tout délocalisable+, après ceux de la +société post-industrielle+ des années 80 et de +la nouvelle économie+ des années 90 », écrit M. Levet.
Ce constat, relayé par l’auteur, est avant tout celui de la trentaine de dirigeants de PME/PMI qu’il a rencontrés sur l’ensemble de l’Hexagone entre novembre 2004 et mars 2005, dont Armor-Lux (vêtements), Cristel (articles de cuisine), Gedimat (matériaux de construction), Legris (fluides et logistique), Ortec (externalisation), Rex Composites (aéronautique) ou Smoby (jouets).
Cette mode vient « de grands donneurs d’ordre obsédés par les coûts », « d’un nombre croissant de grands groupes qui par leurs pratiques la favorisent », « des personnalités reputées fortes, transformées en moutons de panurges », ou encore de « jeunes analystes financiers à la culture économique déficiente » qui sont « focalisés » comme les marchés financiers « sur le court terme », selon l’étude.
« Des grands patrons considèrent qu’il leur faut +leurs indiens+, c’est devenu une véritable mode, notamment dans tout ce qui concerne la gestion et le traitement de l’information », témoigne ainsi dans l’étude un patron de PME dont l’auteur a préservé l’anonymat.
De nombreux grands groupes occidentaux ont récemment décidé de délocaliser gestion et services informatiques en Inde, surtout à Bangalore, le dernier en date étant Axa Allemagne.
Or les dirigeants de PME interrogés estiment qu' »aller chercher des marges de rentabilité financière à tout prix mettrait en danger la cohésion de l’entreprise et donc à terme sa pérennité ».
Loin d’être focalisés uniquement sur les coûts, ces entrepreneurs croient à la créativité, la pérennité, la croissance interne ou obéissant à une logique industrielle et non financière, la maîtrise des savoir-faire, le développement des compétences, la maîtrise de la distribution et un actionnariat stable.
Ces dirigeants de PME manifestent d’ailleurs « une révulsion particulièrement forte » à l’égard des marchés financiers, synonymes pour eux de « perte de maîtrise de la stratégie » et qui sont « les premiers à les encourager à délocaliser les usines dans les pays à bas coûts ».
Ils jugent également que « l’accélération, sur la période récente, de la focalisation des grands acheteurs sur les prix » (grands groupes, distribution, administrations publiques) « constitue un facteur de déstabilisation puissant pour les entreprises et leur ancrage territorial ».
« Les PME ont notamment du mal à comprendre que des groupes dont l’Etat est actionnaire, comme EDF ou France Télécom, pratiquent des enchères inversées, qui privilégient le moins-disant social », commente M. Levet.
[source – yahoo.com] (AFP)
