Première étape vers une révision du dossier Seznec

Première étape vers une révision du dossier Seznec

La demande de révision de la condamnation pour meurtre de Guillaume Seznec en 1924 a franchi une première étape avec le transfert du dossier à la Cour de cassation.

Six dossiers r
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Alors que le parquet général s’était dit « certain de l’innocence de Seznec », la commission de révision des condamnations pénales, chargée de filtrer les requêtes, a cependant refusé de se prononcer sur le fond de l’affaire.

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La Cour de cassation, réunie en « cour de révision », tiendra une nouvelle audience à une date qui n’a pas encore été fixée.

Elle pourra soit rejeter la requête, soit « décharger la mémoire des morts », c’est-à-dire blanchir le condamné sans nouveau procès.

Les membres du comité de soutien au condamné et Denis Le Her-Seznec, son petit-fils qui a voué sa vie à le faire réhabiliter, ont laissé éclater leur joie à l’annonce de la décision.

« C’est un très grand jour historique pour l’affaire Seznec et pour la justice aussi, parce qu’elle commence à ne plus vivre dans l’illusion de son infaillibilité », a lancé Denis Le Her-Seznec.

Cette 14e requête en révision depuis 1926, déposée en mars 2001 par la ministre de la Justice Marylise Lebranchu, est l’ultime espoir de la famille Seznec.

Dans son arrêt, la commission de cinq magistrats estime que « l’appréciation des éléments nouveaux ne saurait relever d’elle seule » et que ce sera à la cour de révision de décider si ces éléments sont de nature à faire « naître un doute sur la culpabilité de Guillaume Seznec ».

L’élément nouveau retenu est la possible existence de liens entre Pierre Bonny, l’un des policiers qui ont participé à l’enquête en 1924, et Boudjema Gherdi, un protagoniste de l’affaire.

L’arrêt exclut cependant la thèse d’une machination policière défendue par les héritiers de Guillaume Seznec et valide de nombreux éléments à charge retenus contre lui lors du procès.


ELEMENTS A CHARGE

Guillaume Seznec, négociant en bois dans le Finistère a été condamné aux travaux forcés à perpétuité le 4 novembre 1924 pour le meurtre du conseiller général Pierre Quémeneur, un de ses amis.

Les deux hommes avaient pris la route de Paris en mai 1923 pour se lancer dans le commerce de voitures américaines. Guillaume Seznec est rentré seul, Pierre Quémeneur n’a jamais réapparu et son corps n’a jamais été retrouvé.

Pour l’accusation, Seznec a tué son ami pour devenir propriétaire d’une de ses propriétés.

Condamné, il a toujours clamé son innocence. Après vingt ans de bagne à Cayenne (Guyane), il a été gracié en 1947 et libéré. Il est mort en 1954.

Lors du procès, Seznec avait affirmé que Quémeneur et lui allaient voir un certain Boudjema Gherdi lorsque le conseiller général breton avait disparu. A l’époque, nulle trace de ce Gherdi n’avait été retrouvée et son existence même avait été considérée comme une pure invention de l’accusé.

« Il convient de s’interroger sur le déroulement réel des faits ayant abouti à la disparition de Pierre Quémeneur et sur le rôle que l’existence de Boudjema Gherdi aurait pu jouer après des jurés, s’ils l’avaient connue », écrit la commission.

Les magistrats retiennent le témoignage d’une ancienne résistante, Colette Noll, qui affirme avoir vu Boudjemah Gherdi dans les rangs de la Gestapo française sous l’Occupation, en compagnie de Pierre Bonny.

« Une telle coïncidence pourrait expliquer, à défaut d’une machination policière, des failles dans l’enquête, notamment quant à la recherche du corps de la victime et aux investigations sur le trafic de voitures américaines », dit l’arrêt.

La commission rappelle cependant que des expertises attribuent à Seznec la paternité des faux relatifs à la vente de la propriété de Quémeneur et que de nombreux témoignages à charge demeurent.

Par ailleurs, ajoute-t-elle, Bonny, condamné pour de nombreux scandales dans les années 30, révoqué de la police, puis fusillé en 1944 pour son appartenance à la Gestapo française, n’a joué qu’un rôle mineur dans l’enquête sur Seznec.

[source – yahoo.com] (Reuters)