L’ancien commissaire européen néerlandais Frits Bolkestein, auteur de la directive sur les services qui porte son nom, devenue le repoussoir des tenants du « non » au référendum du 29 mai, a fait un voyage-éclair à Paris mardi et mercredi, pour défendre à la fois son nom et sa directive.
Celle-ci, adoptée à l’unanimité en janvier 2004 pour entrer en vigueur à la fin de la décennie, est soudain devenue le symbole des risques du libéralisme européen effréné.

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Au point que le Président de la République Jacques Chirac a pesé de tout son poids au dernier sommet européen de Bruxelles, fin mars, pour obtenir la remise à plat du texte, régulièrement baptisé par ses détracteurs « directive Frankenstein ».
Ulcéré, l’ancien commissaire, actuellement membre du conseil de surveillance de la Banque nationale des Pays-Bas (DNB), a décidé de venir à Paris, seul, pour défendre son nom et son texte. Les autorités françaises semblent ne l’avoir ni encouragé ni dissuadé. De son côté, il a évité les allusions trop directes à la politique française.
L’ancien commissaire s’est fait aider par ses compatriotes journalistes à Paris pour prendre langue avec la presse, a loué une chambre d’hôtel pour mardi soir, et s’est jeté dans un marathon d’interviews, dont une conférence de presse qui a réuni une centaine de journaliste au centre d’accueil de la presse étrangère (CAPE), dans la maison de Radio-France.
M. Bolkestein a expliqué que son nom se prononce « Bolkestenne ». « Je ne suis pas un loup-garou, encore moins Frankenstein », a-t-il dit en excellent français, mais « si on m’attaque, je me défends ».
L’ex-commissaire jugerait « inouï » que son texte soit complètement retiré, dans la mesure où il applique une des quatre libertés de circulation, fondamentales du traité de Rome.
Il a tenté de convaincre que le principe très controversé du « pays d’origine », selon lequel un prestataire de services ne doit être soumis qu’à la loi du pays dans lequel il est établi, ne constitue pas un risque de « dumping social ».
Reprenant à l’envi, parfois avec humour, l’exemple du « plombier polonais » ou de la « nounou tchèque » censés effrayer leurs équivalents français, M. Bolkestein a rappelé que la directive – qui régira 50% de l’économie européenne – ne concernerait que les travailleurs indépendants, ceux-ci tombant dans le cadre de la loi du pays d’accueil s’ils y créent une entreprise.
Il s’est étonné de l’opposition de la France, quatrième exportateur de services du monde, « qui a tout à gagner » selon lui avec cette directive. Il a cité des études aux Pays-Bas et au Danemark qui montreraient un impact favorable à la croissance et à l’emploi.
Reste que la façon dont M. Bolkestein exprime ses idées n’est pas tout à fait à la mode française.
Ainsi, comme on lui demande s’il est libéral, ce dont presque tous les hommes politiques français se défendent, il répond, hilare: « Je ne suis pas seulement libéral, j’ai été président de l’Internationale libérale ».
Il est contre les référendums, car il croit à « la démocratie représentative (par les élus, ndlr), pas à la démocratie directe », mais ira voter oui aux Pays-Bas.
M. Bolkestein assure aussi que « la démocratie, ce n’est pas pour les gens peureux », ou que « la concurrence est le meilleur moyen d’assurer la compétitivité ». Il a enfin « espéré qu’il n’aurait pas à rencontrer les militants d’Attac ou de qui que ce soit », qui manifestaient devant Radio France, parce que sa voix « commençait à s’affaiblir ».
[source – yahoo.com] (AFP)
