Le rayonnement des téléphones portables affecte l’ADN de cellules isolées

Une étude européenne démontre que des champs électromagnétiques peuvent provoquer des dommages sur l’ADN de cellules humaines cultivées en laboratoire. Le lien avec d’éventuelles maladies n’est pas encore prouvé.

Les champs électromagnétiques générés par les antennes des téléphones portables provoquent indirectement des ruptures dans les brins d’ADN de cellules humaines et animales. Ils vont même jusqu’à perturber la synthèse de certaines protéines.

Tels sont deux des résultats marquants de l’étude européenne Reflex , dévoilée le 8 décembre dernier par la fondation allemande Verum , basée à Munich. Financée par l’Union européenne ainsi que par les gouvernements suisse et finlandais, elle a mobilisé douze laboratoires pendant quatre ans.

Des doses inférieures aux seuils recommandés

Ces résultats sont à prendre avec d’extrêmes précautions, notamment parce qu’il s’agit d’expériences in vitro (sur des cellules isolées) et non in vivo (sur des organes ou des organismes entiers). Les chercheurs insistent sur le fait que ces études « ne permettent de conclure à un risque pour la santé » … sans les exclure pour autant.

Le Pr Franz Adlkofer, coordinateur du projet et directeur exécutif de la fondation Verum, assène d’ailleurs que l’étude démontre l’existence « d’un mécanisme physiopathologique qui pourrait être à la base du développement de désordres fonctionnels ou de maladies chroniques chez l’animal et chez l’homme ».

Cette assurance repose notamment sur le fait que les impacts biologiques observés sur les cellules sont apparus pour des doses d’énergie (« débit d’absorption spécifique » ou DAS) inférieures au seuil de 2 W/kg actuellement recommandé par la Commission internationale de protection contre les rayonnements non ionisants et repris par la législation française.

« Dès 0,3 W/kg, déclare le Pr Adlkofer à 01net., des fibroblastes humains [cellules très courantes dans l’organisme, NDLR] montrent un niveau significatif de cassures de leurs brins d’ADN ».

Rappelons que l’ADN est le support du patrimoine génétique de la cellule. Il se présente sous la forme d’une double hélice qui s’enroule et se plie dans le noyau de la cellule pour former les chromosomes. « La fréquence des cassures augmente considérablement [elle est multipliée par deux par rapport au niveau de référence, NDLR] jusqu’à 1 W/kg », poursuit-il. Or, lorsque l’on se penche sur les spécifications techniques des téléphones portables actuels, les DAS oscillent généralement entre 0,5 et 1,2 W/Kg.

Des résultats à vérifier sur les organismes humains

La rupture des brins d’ADN entraîne-t-elle pour autant un dysfonctionnement majeur de la cellule ? La grande majorité des cassures, lorsqu’elles ne concernent qu’un des deux brins de l’ADN, sont réparées en une heure. Lorsque les deux brins sont concernés, la réparation s’effectue en sept heures.

« Le problème, déclare le Pr Adlkofer, c’est que le processus de réparation ne s’effectue pas sans erreur. Des cassures non réparées conduisent à des mutations génétiques, qui jouent un rôle décisif dans le développement de maladies, et tout particulièrement du cancer. Mais attention, nous ne savons pas actuellement si de tels champs électromagnétiques peuvent causer des cassures similaires chez des êtres humains. De futures expérience devront répondre à ces questions. »

Quant à savoir comment le champ électromagnétique d’un téléphone portable peut conduire à la coupure d’un brin d’ADN, les chercheurs affirment qu’il ne peut s’agir d’une action directe, physique, au vu des faibles puissances mises en jeu. Le rapport penche – sans la démontrer – pour l’hypothèse d’une action indirecte. Exposée aux radiations, la cellule se met à produire des radicaux libres (des molécules instables) qui pourraient fort bien endommager les brins d’ADN.

Pas de certitude, donc, mais un coin du voile est levé.

[source – 01net.com] Serge Courrier