Risque de flambée des prix avec l’arrivée des processeurs à multiples cœurs

Avec la vague de processeurs à multiple cœurs, les éditeurs de progiciels pourraient tirer leur grilles de tarifs des licences vers le haut pour prendre en compte la puissance des nouvelles puces.

En 2005, l’industrie informatique va devoir s’adapter à une évolution importante : la puissance des processeurs va doubler sans pour autant que les fréquences des puces n’augmentent de manière significative. La raison ? La mise sur le marché de processeurs à plusieurs cœurs (dits multicores). Les premières puces doubles cœurs sont attendues pour le premier semestre 2005.

Dans la bataille liée à la miniaturisation des composants, les acteurs industriels des semi-conducteurs cherchent à multiplier les unités de calcul des processeurs et à doubler du même coup sa puissance. Mais la course au GHz butte actuellement autour de la tranche 2,5 à 3,6 GHz. Les fondeurs ne s’engagent pas à progresser dans ce domaine à court terme (voir encadré). Côté utilisateur, l’arrivée de puces à multiple cœurs est perçue comme un atout non négligeable : très rapidement, il devrait se voir proposer des processeurs deux fois plus puissants, commercialisés au prix des puces les plus performantes d’aujourd’hui.

il va de soi que les principaux acteurs du marché prennent position en la matière. IBM dispose d’un certain avantage avec sa gamme de processeurs Power (voir édition du 7 juillet 2004), qui est déjà multicore depuis plusieurs années. C’est une puce pour gros systèmes, semblable à celle que propose également Sun. Pour les serveurs moins gros, AMD vient justement de dévoiler une expérimentation de processeurs Opteron à double coeurs (voir édition du 6 septembre 2004). Intel vise la fin de l’année 2005 pour se lancer tandis qu’IBM n’a pas communiqué d’échéance pour la sortie de ce type de processeurs pour sa gamme PowerPC.

Mais les éditeurs de progiciels se trouvent confrontés à une question importante : faut-il doubler le prix des licences des logiciels serveurs ou des logiciels bases de données ? Un casse-tête pour ces professionnels qui établissent souvent la tarification de leurs produits vendus sous licence en fonction du nombre de processeurs utilisés. « Les vendeurs de logiciels serveurs poussent à l’adoption de licences par cœur de processeurs », a indiqué Martin Reynolds, vice-Président de Gartner Research, au site d’information high-tech Newsforge.com. « Les entreprises ou groupes exploitant des processeurs à multiple cœurs pourraient ainsi voir doubler leurs coûts de licence. ».

Tout l’enjeu de l’apparition de ces puces est bien là ! Pour des acteurs informatiques comme Oracle, IBM ou Microsoft (voir édition du 26 mars 2004), l’ajout d’un cœur supplémentaire dans un processeur équivaut à l’ajout d’un processeur. Un véritable bras de fer risque donc de surgir entre les fondeurs et les éditeurs, qui désirent profiter de l’opportunité pour relancer leurs ventes mais chacun de leur côté! En ne tenant compte que de leurs propres intérêts, les acteurs de la chaîne informatique risquent de freiner l’adoption des nouvelles puces au final.

Linux et Mac OS X pourraient émerger

Cette question des prix des licences est cruciale car, si les choses tournent mal du côté des constructeurs ou des éditeurs , ce sont les systèmes d’exploitation alternatifs comme Linux ou Mac OS X qui pourraient en profiter au bout du compte. La tarification de la version la plus répandue de Linux s’appuie sur le critère du système et non pas du processeur.

Dans cette vaste réorganisation, IBM tient une position intermédiaire en qualité de fabricant de puces et éditeur de logiciels serveurs. Mais c’est également le plus chaud partisan de Linux. Idem pour Apple, qui utilise les processeurs d’IBM et qui pourrait disposer rapidement du premier G5 double cœurs. La firme informatique fournit son système d’exploitation pour serveurs multiprocesseurs sur sa gamme Xserve en clients illimités sans coût supplémentaire, quel que soit le nombre de puces. Avec l’arrivée des premières puces multicores, ces acteurs seront les premiers à augmenter la pression concurrentielle sur le marché professionnel.

[source – vnunet.fr] Marc Geoffroy