Ils y ont cru. Mal leur en a pris. La plupart des salariés licenciés cet été par Amazon France ne verront jamais la couleur de leurs stock-options, attribuées en fonction des bons et loyaux services rendus à la société.
Jeff Bezos est un visionnaire. En 2000, le fondateur du géant du commerce en ligne justifiait sa défiance envers les syndicats en expliquant que chez Amazon « tout le monde est propriétaire » [de la société, NDLR] , via les stock-options. Amazon, en vaste kibboutz de la nouvelle économie où chacun recueillerait les fruits de son travail. L’image était séduisante, mais le mythe a vécu.
Quatre ans plus tard, pour une cinquantaine de salariés du siège social d’Amazon France à Guyancourt (Yvelines), le réveil est difficile. S’ils étaient « propriétaires », les voici expropriés. Selon nos informations, les plans de stock-options qui leur avaient été attribués sont partis en fumée. En même temps que le plan social qui vient de toucher l’entreprise.
Une stock-option est la possibilité pour un employé d’acquérir une action à un prix préférentiel par rapport au cours boursier du moment. « Chez Amazon France, pour certains salariés, une partie des stock-options était intégrée dans le contrat de travail, en plus du salaire brut. Pour d’autres, elles étaient attribuées au terme d’un processus d’évaluation récompensant la productivité, la rentabilité, et fiabilité de l’employé » , expliquent des salariés de la filiale française. « Toutes les personnes en CDI en possédaient, à des niveaux différents. » Au final, la promesse d’une belle rémunération s’est transformée en mirage. « On nous achetaient en nous donnant des stock-options » , constatent – déçus – les salariés.
Personne ne commente cette « affaire »
En pratique, beaucoup de personnes licenciées cet été par Amazon France, avaient la possibilité d’exercer leurs stock-options dans une « fenêtre » courant de la fin du mois de novembre 2004 à février 2005. Un scénario qui restera théorique. Si l’on s’en tient au préavis de trois mois, qui a commencé le 2 août dernier avec l’envoi des lettres de notification de licenciement (à l’exception de certaines personnes parties en vacances), à la fin novembre ces salariés ne feront plus partie de l’entreprise Amazon France. Une situation qui aurait pour effet d’empêcher les employés de retirer le bénéfice de leurs stock-options.
Sur cette question des stock-options, pourtant emblématique de la construction d’Amazon, la direction, les représentants du comité d’entreprise que nous avons contactés, et la délégation syndicale CFDT de la filiale française, affichent une belle et troublante unanimité. En s’abstenant à ce jour de tout commentaire.
Ceci étant, après un plan social bouclé à la vitesse de l’éclair, les salariés d’Amazon France pourront peut-être se consoler en acceptant une dernière offre de la part de leur direction . Car, faire un plan social est une chose. Encore faut-il que cela n’affecte pas durablement la vie de l’entreprise. Or selon nos informations, les responsables d’Amazon France se sont aperçus sur le tard que la réduction d’effectif en cours dans la société pourrait avoir un impact négatif sur la bonne marche du site français. Ils auraient donc proposé à leurs salariés sur le départ une enveloppe de 200 euros bruts par semaine, pour continuer à entretenir le site de commerce en ligne.
Pendant ce temps, Jeff Bezos, qui a fondé Amazon après un petit passage remarqué à Wall Street, continue d’exercer ses stock-options. A titre d’exemple, pour la seule année 2002, ses transactions se sont montées à plus de 36 millions de dollars. Mais Jeff Bezos – qui fut élu « homme de l’année », en 1999 par le magazine Time – est un visionnaire…
[source – 01net.com] Philippe Crouzillacq
