Puisque les Français conduisent mieux, provoquant moins d’accidents et de morts sur les routes, il serait normal que les tarifs de leur assurance-automobile reflètent cette heureuse évolution.
Fort de cette conviction, qu’il partage avec le Premier ministre, qui l’avait vigoureusement exprimée lors de ses voeux, et sans aucun doute avec des millions d’automobilistes, Francis Mer a fait part de son intention de convoquer à Bercy, d’ici à la fin du mois, les assureurs, beaucoup moins fringants sur la question, pour les inciter à revoir leur position. Dans cette affaire, le gouvernement semble avoir la logique pour lui, et encore plus les faveurs de l’opinion, mais sa démarche risque tout de même de laisser un arrière-goût d’archaïsme.
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Ancien grand patron de la sidérurgie, le ministre de l’Economie n’aurait certainement pas apprécié d’être ainsi convoqué par sa tutelle ministérielle pour s’entendre dire que les prix de son acier devaient mieux tenir compte de tel ou tel effet de la politique gouvernementale. On dira que Laurent Fabius, son prédécesseur, ne s’était pas gêné pour le faire à l’égard des pétroliers et que, contrairement à ceux de l’industrie, les primes de l’assurance-dommages échappent à la pression de la concurrence mondiale. Il reste que Francis Mer n’est pas un ministre socialiste, et qu’on serait surpris d’apprendre qu’il regrette la libération du prix des services en France.
Car, comme toujours, lorsque l’on passe des belles autoroutes de la macroéconomie aux départementales plus enchevêtrées de l’économie réelle, la logique ne se présente plus avec la même évidence. La plupart des grands assureurs, mutuelles ou compagnies privées, ont déjà annoncé une stabilisation ou une légère augmentation de leurs tarifs pour l’automobile cette année. Les professionnels, pour se défendre, font valoir qu’ils subissent de plein fouet les surcoûts liés à l’inflation des indemnités imposées par les tribunaux et à la réparation de véhicules de plus en plus technologiques. Ils soulignent qu’ils ont supporté de ne pas gagner d’argent sur l’automobile pendant les années 1990, celles des hécatombes, parce qu’ils pouvaient récupérer par leurs placements financiers ce qu’ils perdaient dans leur métier – une époque pour le moment révolue. Vrai ou faux ? Le fait est que l’assurance-automobile constitue un très efficace produit de conquête de parts de marché et qu’il doit bien y avoir une raison expliquant que personne, dans la profession, n’y ait encore dégainé l’arme tarifaire.
Cela ne veut pas dire que les Français, si fatalistes à l’égard de leurs banquiers ou de leurs assureurs, à la fois prompts à tous les englober dans une mauvaise image et pourtant exceptionnellement fidèles à chacun des leurs, ne pourraient pas se montrer clients plus avertis et mieux utiliser le pouvoir que leur donne l’abondance de l’offre. Mais ce n’est pas à l’Etat, déjà si occupé par ailleurs, de jouer pour eux le « monsieur Consommateur ».
[source – lesechos.fr] HENRI GIBIER
