La bataille des retraites a été remportée par le gouvernement avant l’été, au terme d’une longue préparation psychologique de l’opinion, de sérieuses discussions – négociations avec les syndicats, mais aussi au prix aussi de multiples grèves et manifestations dans le secteur public.
Le temps n’est pas encore venu de s’interroger sur la solidité de la réforme, fondée essentiellement sur l’harmonisation des durées de cotisation des fonctionnaires et des salariés du privé.
Mais c’est une affaire entendue. La loi Fillon marque une première étape décisive. Elle pose une borne sur un chemin qui en appellera beaucoup d’autres d’ici à 2020, date avant laquelle il faudra trouver les moyens de financer un besoin non couvert de 40 %. Mais, déjà, des syndicats qui s’étaient opposés à la réforme s’organisent derrière la CGT avec l’association Inter-reso et promettent de ne pas lâcher prise durant la période 2004-2008, qui verra l’entrée en vigueur progressive du nouveau système. Et dès le 1er janvier celle de plusieurs dispositions phares : pour les fonctionnaires, l’allongement de deux trimestres sur l’année de la durée de cotisation exigée et l’indexation de la pension sur les prix ; pour les salariés du privé, le relèvement progressif du nombre de trimestres pris en compte pour le calcul de la retraite de base.
Il n’y a plus là matière à querelle. A condition que l’Etat patron fasse preuve de la même diligence que celle qu’il a demandée aux entreprises. En effet, 2004 sera pour quelque 150.000 salariés ayant commencé à travailler très jeunes l’occasion de partir en retraite avant leurs soixante ans. Les dernières modalités ont été longues à régler et ont donné lieu à quelques rappels à l’ordre de la part de la CFDT, qui en avait fait son cheval de bataille. Dans la fonction publique, en revanche, la question demeure entière. Quelque 30.000 agents pourraient faire valoir leur droit à quitter la vie active dès l’an prochain, et autant chacune des deux années suivantes : la promesse en a été faite aux syndicats. Mais, pour l’heure, le ministère de la Fonction publique en est encore à demander des précisions statistiques à l’Insee. Cette indécision rappelle fâcheusement la gestion des 35 heures par le gouvernement de Lionel Jospin, qui avait imposé la marche forcée aux entreprises et attendu la dernière heure pour ouvrir le dossier dans les hôpitaux. Le dossier des départs anticipés n’a évidemment pas la même ampleur, mais il confirme que l’Etat patron ne s’est pas converti à la gestion prévisionnelle, qu’il s’agisse des salaires, des effectifs ou des départs en retraite. Le temps et l’argent gagnés sur les rémunérations – finalement gelées en 2003 – et sur les départs anticipés – suspendus à un projet de loi non encore écrit – ont été perdus sur les effectifs, que le gouvernement s’est refusé à réduire autant qu’il l’avait d’abord annoncé. Par peur des mouvements sociaux. Mais rien n’est pire que les promesses non tenues. Vis-à-vis des salariés. Vis-à-vis de son électorat.
[source – lesechos.fr] MICHÈLE LÉCLUSE
