La guerre s’amplifie sur les baisses de prix de l’abonnement ADSL

La baisse des prix des abonnements internet haut débit par ADSL, annoncée la semaine dernière par Wanadoo, fait grincer les dents de ses concurrents, qui ont lancé les premiers recours juridiques pour tenter de contrecarrer l’offensive commerciale de la filiale de France Télécom.

Mais les types de recours choisis diffèrent: tandis qu’AOL (America On Line) accuse Wanadoo de vendre à perte en pratiquant « des prix prédateurs », et porte plainte devant le Conseil de la concurrence, Club Internet (filiale de l’allemand T-Online) a choisi de s’en prendre au gouvernement.

C’est en effet le gouvernement qui a autorisé l’entrée en vigueur de la baisse des tarifs dès le 1er janvier 2004, alors que l’Autorité de Régulation des Télécoms (ART) avait recommandé un report de ces nouveaux tarifs au 16 février, afin de permettre à la concurrence de s’adapter.

Club Internet a donc demandé au Conseil d’Etat une suspension des nouveaux tarifs de gros de France Télécom, en affirmant que les nouvelles directives européennes sur les télécommunications, entrées en vigueur de 25 juillet, donnent à l’ART le contrôle des tarifs en cas de position dominante.

Interrogé, le ministère de l’Industrie n’a pas voulu faire de commentaire, affirmant qu' »il s’agit d’une entreprise, et cela ne concerne pas le ministère ».

La multiplication des recours illustre l’âpreté de la concurrence, alors que le marché de l’ADSL en France atteint 3 millions d’abonnés à fin 2003 et que sa croissance, longtemps différée, ne fait que s’accélérer.

Dominique Roux, un des membres de l’ART, rappelait ainsi mercredi sur BFM que « chaque fois qu’on modifie l’abonnement de un euro, cela fait plusieurs centaines de millions d’euros de résultat en plus ou en moins pour France Télécom ».

On compte actuellement 55.000 nouveaux abonnés par semaine. L’ADSL devrait toucher 90% des foyers français en 2005, selon le plan de route de France Télécom.

Mais d’ici là, la redistribution des parts de marché se fera dans la douleur : alors qu’il vendait au début 2003 plus de 70% des abonnements ADSL en France, la part de marché de Wanadoo est tombée en décembre à environ 55%, essentiellement en raison des différences de tarifs.

Avant les baisses, Wanadoo avait encore du mal à vendre des abonnements à 45 euros par mois, alors que la plupart des autres fournisseurs d’accès internet (FAI) proposaient des abonnements à 29 euros.

Selon des sources professionnelles, Wanadoo perdait ces dernières semaines 2.000 clients par jour, entre perte de clientèle et nouveaux abonnements manqués.

Les baisses de tarifs annoncées vendredi dernier devraient l’aider à renverser la tendance, notamment durant la période des fêtes, lorsque la ruée sur les promotions joue à plein.

C’est pourquoi le report de la baisse de tarif de quelques semaines, souhaité par l’ART, est jugé très important par les FAI. La décision de France Télécom de vendre moins cher les communications ADSL « pré-packagées » (dites Option 5) creuse également une fracture numérique entre les bénéficiaires du dégroupage et les autres.

AOL a ainsi regretté que France Télécom soit autorisé à maintenir des prix plus élevés dans les zones non dégroupées (où il n’est pas encore possible de louer le réseau local de France Télécom).

M. Roux a néanmoins estimé que la concurrence croissante permet à la France d’avoir « parmi les plus bas tarifs d’Europe sur le haut débit ».

[source – yahoo.com] (AFP)