En dix ans, le Christkindelsmaerik (marché de Noël) de Strasbourg, une tradition purement locale, est devenu un événement international pour le plus grand profit de quelques grandes familles de forains alsaciens qui se partagent une juteuse manne financière.
« Nous sommes là depuis au moins trois générations », explique Franck Hoffmann, dont la famille règne sur le marché Noël de la place de Broglie à Strasbourg, qui s’ouvre samedi, en vendant des pieds de sapins, des crèches, des boules, des couronnes.

Grâce au mariage de Franck avec la fille d’une autre « famille » du marché, le clan Hoffmann contrôle désormais six stands au total, via sa soeur, son père, son oncle, sa tante et son beau-père, soit plus d’une centaine de mètres linéaires de stands.
Claude Meigel règne quant à lui sur un stand de 32 mètres de long avec sa mère, sa femme et ses enfants. « Nous sommes les locomotives du marché » explique-t-il avec fierté, en présentant ses boules, de fabrication allemande, vendues entre 0,50 et 5 euros pièce.
Sur les quelque 200 emplacements, répartis en divers endroits de la capitale alsacienne, les meilleurs ont, comme les années précédentes, été attribués aux membres d’une trentaine de familles de forains qui contrôlaient le petit marché de Noël strasbourgeois, avant qu’il ne se transforme progressivement en une vaste foire, après la décision de Strasbourg de s’autoproclamer « capitale de Noël » en 1992.
Les autres stands, dont ceux créés devant la cathédrale, ont été confiés au fil des années à des artisans et commerçants ambulants, voire à quelques sédentaires comme les brasseries locales Schutzenberger et Kronenbourg.
La cohabitation avec les « créateurs historiques » s’est faite sans véritable problème, tous ayant profité du « boom » généré par les centaines de milliers de visiteurs qui déferlent désormais sur Strasbourg au mois de décembre.
Selon une source proche de l’ancienne municipalité socialiste, avec un retour sur investissement de 1 à 100, un forain pouvait, il y a encore deux à trois ans, espérer engranger jusqu’à 100.000 euros de bénéfice pendant les quatre semaines de l’Avent, une somme que Franck Hoffmann juge aujourd’hui tout à fait « impossible ». Il reconnaît pourtant faire 40% de son chiffre d’affaires annuel sur le marché de Noël, contre 50% pour Claude Meigel.
Pour éviter « une dérive vers la camelote », la municipalité UMP élue en 2001 a mis l’accent sur la « qualité » et « l’authenticité », n’hésitant pas à sanctionner les stands mal décorés ou proposant des produits de mauvaise qualité.
« Tous ceux qui n’ont pas fait d’efforts ont reçu des lettres d’avertissements », indique Harry Lapp, l’adjoint au maire chargé des foires et marchés, précisant avoir refusé cette année, une quinzaine d’exploitants. « Nous souhaitons avoir davantage d’artisans et d’exploitants régionaux, généralement mieux imprégnés de la spécificité du marché de Noël de Strasbourg » explique-t-il.
« C’est un peu sévère », concède Claude Meigel, même s’il estime que la recherche « d’authenticité » va « dans le bon sens ». Comme ses collègues, il redoute que la morosité économique ambiante et la multiplication des marchés de Noël en Alsace ces dernières années marquent le début d’un reflux pour celui de Strasbourg.
[source – yahoo.com] (AFP)
