Dans son rapport sur les « perspectives de l’économie mondiale », publié mercredi 26 novembre, les experts de l’OCDE prévoient une progression du PIB de 1,7 % en 2004 et de 2,4 % en 2005, quand les Etats-Unis affichent des performances nettement supérieures.
Trois jours après les propos optimistes tenus par Jean-Pierre Raffarin sur le retour de la croissance, les experts de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) ont à leur tour prédit, mercredi 26 novembre, une nette amélioration du climat économique en France en 2004.
« La croissance est revenue et elle se sentira dans chaque foyer en 2004, avait déclaré le premier ministre, dimanche, sur Europe 1. Elle devrait atteindre entre 1,7 % et 2 %. » Dans son rapport sur les « perspectives économiques mondiales », l’OCDE avance le même chiffre : le produit intérieur brut (PIB) français progresserait de 1,7 % en 2004 – après avoir crû de 0,2 % seulement en 2003. « Je pense que nous dépasserons les 2 % en 2005 », avait ajouté M. Raffarin. C’est aussi l’avis de l’OCDE, qui prédit une progression de 2,4 % en 2005.
La France s’éloignerait du « contexte récessif » qu’évoquait le chef du gouvernement au début d’octobre. « La récession a touché son point bas », affirme l’OCDE, indiquant : « Si l’on en juge par les indicateurs de confiance des entreprises, la reprise de la croissance enregistrée au troisième trimestre devrait être suivie d’un nouveau raffermissement au quatrième trimestre. »
Au-delà des signes d’optimisme perceptibles dans les entreprises, auxquels s’ajoute le bond de 1,6 % de la consommation des ménages au mois d’octobre (+ 4,3 % par rapport à octobre 2002) annoncé mardi par l’Insee (Le Monde du 26 novembre), l’économie française serait, selon l’OCDE, à l’image de la zone euro, engagée dans un cercle vertueux : croissance des exportations grâce à la reprise du commerce mondial ; demande intérieure prenant le relais ; redressement des investissements « à partir du début de 2004 » ; reprise de la consommation « à mesure que l’emploi recommencera à progresser et que la confiance s’améliorera », grâce au soutien des « réductions d’impôts ».
L’OCDE pointe toutefois plusieurs menaces persistantes, qui rendraient « incertaine » la vigueur de la reprise française, qu’ils prévoient modérée et progressive. Elle salue avec circonspection les efforts de redressement français, soulignant que « le projet de budget 2004 implique un net resserrement de la politique budgétaire, principalement à travers un ralentissement de la progression des dépenses » et préconisant – comme la Commission européenne – « des mesures efficaces afin que les dérapages du déficit observés par le passé ne se renouvellent pas ». La reprise ne suffirait pas davantage à faire reculer le taux de chômage, qui, selon l’OCDE, « ne commencera à baisser que vers la fin de 2004 ».
Les experts notent au passage que le marché du travail a « étonnamment bien résisté » au ralentissement de la conjoncture. Selon eux, en France comme dans d’autres pays de la zone euro, « étant donné le coût élevé des embauches et des licenciements, les entreprises ont peut-être hésité à opérer des licenciements à un moment où ce choix ne paraissait pas évident, dans la mesure où l’on tablait sur une récession de courte durée ».
La croissance française reste néanmoins très éloignée de celle des Etats-Unis, à l’heure où le dynamisme américain semble encore plus vigoureux qu’espéré. Attendue à 7,2 % par les autorités américaines elles-mêmes, la croissance au troisième trimestre s’est élevée à 8,2 %, selon les statistiques publiées mardi 25 novembre. Le rythme de croissance a doublé par rapport au deuxième trimestre – un rythme jamais vu depuis 1984. L’OCDE prévoit, dans ce pays, une croissance de 4,2 % en 2004 et de 3,8 % en 2005. Alors que la consommation tirait l’économie, les entreprises ont pris le relais outre-Atlantique, en investissant. Les exportations se sont aussi accélérées, profitant de la baisse du dollar.
L’EXEMPLE BRITANNIQUE
Cette évolution des devises est un risque pour la reprise de l’économie française, souligne l’OCDE. Des trois moteurs de la croissance française, aucun ne peut fonctionner au rythme américain. Les exportations, même si elles commencent à profiter de la reprise mondiale, pâtissent du renchérissement de l’euro. L’investissement n’arrive pas encore à repartir franchement, alors que les entreprises françaises, contrairement aux américaines, ne sont pas sorties des années 1990 avec un problème de surcapacité. L’OCDE avance une explication : elles ont participé, à travers leurs acquisitions aux Etats-Unis, au financement des surinvestissements américains ; elles se sont endettées et n’ont pas achevé leurs restructurations. Ce qui fait d’ailleurs craindre à certains économistes une poursuite de la hausse du chômage, même si l’économie crée désormais des emplois dès lors que le PIB progresse de 0,8 %. Quant au dernier moteur de la croissance : la consommation, il ne sera peut-être jamais aussi dynamique qu’aux Etats-Unis. Selon une étude de Patrick Artus, économiste chez CDC Ixis, qui reprend un thème cher à l’OCDE, la France a rattrapé les Etats-unis en matière de contribution du progrès technique à la productivité, mais elle a tendance à utiliser cet atout pour augmenter le temps de loisir des salariés, alors que l’objectif de revenu et de consommation est plus clair aux Etats-Unis.
M. Raffarin peut quand même puiser quelque satisfaction dans l’écart constaté par l’OCDE entre la France et l’Allemagne, la première préservant une meilleure croissance que la seconde au cours des deux années à venir – alors que certains économistes annoncent une inversion de tendance, en raison du dynamisme des exportations allemandes et de l’efficacité supérieure des baisses d’impôt outre-Rhin. L’économie française ferait en revanche moins bien que l’ensemble de la zone euro (1,8 % en 2004 et 2,5 % en 2005), contrairement à ce qui avait été observé à la fin des années 1990. Sa croissance s’inscrirait en net retrait par rapport à certains de ses partenaires européens, comme l’Espagne (2,9 % en 2004 et 3,1 % en 2005). La Grande-Bretagne, elle, avec une croissance de 1,9 %, 2,7 % et 2,9 % en 2003, 2004 et 2005, distance nettement l’Italie, l’Allemagne et la France. L’OCDE la cite en exemple, tant sur le plan budgétaire que monétaire. Les experts soulignent notamment l’efficacité des canaux de transmission de la politique monétaire qui fait qu’une baisse des taux d’intérêt redonne instantanément du pouvoir d’achat aux consommateurs, notamment grâce aux crédits immobiliers. La flexibilité du marché du travail permet par ailleurs à la Grande-Bretagne d’afficher le taux de chômage de 5 % en 2003 et 4,9 % en 2004, contre 9,6 % et 9,8 % en France.
[source – lemonde.fr] Pierre-Antoine Delhommais, Sophie Fay et Babette Stern
