Le glas de la chasse d’eau pourrait avoir sonné

Le glas de la chasse d’eau a-t-il sonné? Telle est la conviction des fabricants d’un nouveau type de toilettes pour hommes, qui assurent avoir trouvé là le moyen de préserver les ressources hydrologiques de la planète.

Du Taj Mahal indien au Shinkansen, le train à grande vitesse japonais, en passant par le stade du Rose Bowl en Californie, plusieurs dizaines de milliers de ces urinoirs sans eau ont déjà été installés dans le monde.

Récipient d’émail blanc posé contre un mur, l’objet semble tout à fait classique. Mais la révolution se situe à l’intérieur : plus de chasse mais une cartouche, contenant un produit biodégradable filtrant et retenant les odeurs avant de laisser partir le liquide dans les canalisations.

Pour les fabricants, l’argument est tout trouvé: les besoins en eau, d’ores et déjà criants pour 40% de la population mondiale, et la nécessité de ménager les ressources, sauf à se trouver en situation de crise dès 2010 comme le prévoit l’ONU.

Selon Falcon Waterfree Technologies, un des trois leaders du marché (avec l’Américaine Waterless et l’Allemande Duravit), un urinoir traditionnel consomme 150.000 litres d’eau par an. L’eau économisée sur un an par six urinoirs de ce type permettrait par exemple de remplir une piscine olympique.

La cartouche, qui fait 1.000 à 7.000 usages selon les modèles, préserve en outre des germes en tout genre. A l’appui de la théorie, plusieurs études, notamment de l’Université de Californie à Los Angeles (UCLA) en 2000, comparant les deux types d’urinoirs et montrant la présence réduite de bactéries dans le nouveau.

Selon les scientifiques, l’eau, plus que l’urine, est un terrain de prédilection pour les bactéries.

« C’est la meilleure invention depuis les toilettes à chasse d’eau », explique à l’AFP Charles Gerba, microbiologiste à l’Université d’Arizona. « C’est plus propre, et ça sent moins ».

Selon cet universitaire spécialisé depuis des années dans les questions sanitaires liées aux toilettes publiques, la plupart des bactéries, dans les toilettes traditionnelles, viennent de leur dispersion liée au souffle de la chasse, et à leur présence sur la poignée.

L’idée d’urinoirs sans eau est apparue après la Seconde guerre mondiale, en Allemagne, où le besoin de reconstruction était immense mais les ressources limitées. Deux chercheurs allemands ont ensuite développé la technique – et la fameuse cartouche – à la fin des années 80.

La société Falcon, basée à Los Angeles, affirme en outre que le système élimine les inconvénients de la corrosion ou du calcaire.

Depuis le lancement de sa version, il y a plus de deux ans, Falcon en a installé 25.000 et compte arriver à 75.000 d’ici fin 2004, en se tournant vers les marchés français, espagnol, philippin ou sud-américain. Quelque 50 millions d’urinoirs traditionnels sont en place dans le monde.

L’essor ne va cependant pas sans mal. La ville de Los Angeles et l’Etat de Californie par exemple ont rejeté les propositions, en attendant des évaluations plus approfondies sur la qualité de la maintenance à long terme.

Pour Falcon, il s’agit surtout d’une décision politique. « Dans certains Etats, les organisations professionnelles de plombiers sont très fortes, et craignent que ce système, en sollicitant moins de maintenance, ne coûte des emplois », assure James Krug, président de la division internationale de Falcon.

Bill Whitehead, directeur de l’Institut Plomberie et Drainage, destiné à informer les professionnels sur les produits et normes en cours, reste prudent: la technologie n’est pas encore bien connue, mais elle pourrait « probablement » servir les régions les moins dotées en eau, dit-il tout en relevant que la corporation des plombiers traditionnellement « ne change pas si rapidement ».

[source – yahoo.com] (AFP)