Le futur Sommet de l’information bute sur le contrôle de l’internet

La question du contrôle de l’internet divise les participants au premier Sommet mondial sur la société de l’information (SMSI), qui ne parviennent pas à s’entendre sur le contenu des discussions, à moins d’un mois du début des travaux.

Genève accueille du 10 au 12 décembre plus d’une centaine de pays, dont au moins 56 chefs d’Etat et de gouvernement (Algérie, Allemagne, Cuba, Egypte, Espagne, France, Iran, Nigéria, Pakistan…) pour ce sommet qui doit discuter des moyens de réduire la « fracture numérique » entre pays riches et pauvres.

Mais une ultime semaine de travaux préparatoires n’avait toujours pas permis vendredi en milieu de journée de dégager un consensus sur la déclaration finale et le plan d’action qui seront soumis aux quelque 7.000 délégués attendus sur les bords du Léman.

« Je suis un peu déçu par le manque de progrès enregistrés cette semaine. Il y a un manque de volonté de la part des gouvernements de négocier certains sujets », a reconnu le directeur exécutif du secrétariat du sommet, Pierre Gagné. « A moins d’un miracle, aucun projet de déclaration finale ne sera adopté » au terme des travaux préparatoires, a-t-il dit lors d’un point de presse.

M. Gagné a précisé que les délégués étaient d’accord sur seulement 65% à 70% des points abordés dans le projet de texte final. Parmi les points litigieux figurent la question du contrôle de l’internet, celle de la liberté d’expression, des médias, et du financement du développement mondial de la société de l’information, a-t-il énuméré.

« Les grands pays industrialisés pensent que les gouvernements ne doivent pas être impliqués dans une régulation de l’internet », a-t-il expliqué.

Selon plusieurs organisations non-gouvernementales (ONG), certains pays comme la Chine, le Pakistan ou la Tunisie (qui doit accueillir la deuxième phase du sommet en 2005) cherchent en revanche à faire légitimer par le sommet le droit des Etats à censurer les informations diffusées sur la toile.

La Chine condamne régulièrement à de lourdes peines de prison les contestataires qui utilisent l’internet pour diffuser leurs opinions.

La question de l’inclusion de l’article 19 de la Déclaration universelle des droits de l’homme, qui garantit la liberté d’expression et d’opinion, est aussi un sujet de discorde, selon M. Gagné.

Quant aux médias, un paragraphe entre crochets (susceptible d’être modifié) envisage de subordonner la liberté de presse aux « législations de chaque pays ».

« Un consensus fait défaut en ce qui concerne la reconnaissance des médias comme des acteurs à part entière de la société de l’information », a dénoncé dans un communiqué l’ONG Groupe des médias de la société civile (Media Caucus). « Cela équivaut à organiser une conférence sur l’agriculture sans paysans ».

Le sommet bute aussi sur le financement du projet de raccordemment à l’internet de tous les villages de la planète d’ici 2010. Ces objectifs ont été renvoyés à l’horizon de 2015 et au-delà.

Le président du Sénégal, Abdoulaye Wade, a proposé la création d’un Fonds de solidarité numérique, une proposition rejetée par la plupart des pays occidentaux.

Les travaux préparatoires, qui devaient s’achever vendredi à minuit, pourraient se prolonger durant le week-end, a indiqué M. Gagné. Faute d’accord, une réunion à haut niveau pourrait avoir lieu du 7 au 9 décembre, juste avant le début du sommet, pour tenter d’aplanir les différends.

En attendant, les Genevois parent à toute éventualité pour éviter une répétition des violences qui ont accompagné le sommet du G8 à Evian en juin dernier: 2.000 soldats prêteront main forte à la police pour assurer la sécurité du sommet.

[source – yahoo.com] (AFP)